Dimanche 9 septembre 2007
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"...C'était autre chose. Un
ralentissement, en fait. Dans cette course effrénée et vaine qu'était devenue mon existence, cet homme m'a donné envie de ralentir, de reprendre mon souffle, de prendre le temps. C'était
déconcertant, tout à coup, ce désir de lenteur, l'envie que le moment ne se perde pas trop vite, l'envie de le retenir. Tout à coup, il n'était plus vital de courir, je pouvais m'arrêter sans
chuter, je n'étais plus ce cercle fou entraîné par son mouvement, j'étais capable d'une certaine immobilité, ou au moins d'une moindre vitesse. Comme si mon centre de gravité venait de se
déplacer.
Lui ne s'est rendu compte de rien évidemment. Il ne soupçonnait rien de ma vie [...]. Il n'a
même pas senti que mon pouls se calmait, trop occupé à réfléchir à ses réponses. Il ne m'a pas beaucoup regardée, pour être tout à fait honnête. Un décalage supplémentaire s'est installé entre
nous : il n'a rien perçu de ce qui advenait devant ses yeux.
Et c'était beau, ce décalage, sur lui,
cette distraction, cette inadvertance. C'est ce qui m'a émue, c'est ce qui m'a fait stopper mon interrogatoire et lui sourire. Il y a eu ça, ce comportement incongru, mon silence d'un coup, et
puis, après quelques secondes blanches, mon sourire. A son tour il s'est arrêté de parler. A ce moment-là, il a compris qu'il se produisait quelque chose. Il s'est mis à m'observer, pour la
première fois. N'a pu faire autrement. A cause du silence, du sourire..."
Philippe Besson
"Se Résoudre Aux
Adieux"
2006 - Editions Julliard
Par David
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Publié dans : Bouquinerie
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