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Alors oui, l’on sait, l’on comprend, alors oui, le jour où l’appel tant attendu, de LA personne ne retentit pas, alors oui, ce jour là,
l’on prend de fait la vérité, ce qui sera maintenant la réalité. Alors oui, lorsque, sorti du plus petit sentiment amoureux, l’on s’accroche encore et tout de même à un soupçon de compassion, à
cette « fameuse » amitié sensée renaître des cendres, même si les braises sont encore vivres, même si le feu est à peine éteint, même si la flamme s’essouffle seulement, alors oui, dans
le silence qui vous assomme l’on comprend. Alors oui, quand sorti d’un « tout », on s’efforce de ne pas transformer l’essai en « rien », lorsque des promesses ne sont pas
établies mais que les regards semblaient les avoir celées, lorsque malgré tout cela et ces fausses illusions, on traverse les couloirs en blouse du bleu urgences, seul, hagard, puis, l’on prend
la route d’un chez soi où même son nom n’est même pas inscrit sur la boîte aux lettres, quand on n’a pas su qui joindre au beau milieu de cette nuit là, la bouche séchée de sang, les mains qui
tremblent des effets encore maudits du « déchocage… Alors oui, l’on sait, après un texto lancé dans la nuit muette. Alors oui, l’on sait le lendemain plus noir et sourd,
alors oui, l’on sait toute cette journée de rétablissement durant, alors oui, l’on sait, tout ce qui était, ou que l’on croyait être, l’on sait les lendemains et ce que l’on se figuraient d’eux
pour soi, pour nous, un nous de pacotille depuis la genèse, l’on sait que LA personne n’est plus qu’une personne, parmi les autres, qu’hier, on usait probablement seul des majuscules pour la
nommer, que demain l’on inventait sûrement seul les majuscules pour décorer des restes des l’aigreur que l’on a évité des symboles de ces amitiés impossibles. L’on sait dans la solitude, ce
silence extrême, l’on sait que l’on ne compte plus sur dix doigts, que l’on ne calcule plus sur une main, et que n’est pas tendue à sa paume, l’autre poigne qui devait vous relever…
Alors oui, l’on sait qu’hier n’était pas vraiment ce que l’on supposait. Peut-être qu’on réalise que l’on a effectivement bien agit, en inventant l’hier justement. On balaye d’un coup le présent, car là, l’instant, si constitué de rien, n’indique plus que la voie de l’oubli et de l’insensé. Et l’on sait, l’on pleure, que « demain » n’appartient plus même au vocabulaire des maux que l’on invente pour dire des amours différentes.
Alors oui, l’on sait. Et l’on ne prend même pas soi-même le combiné, l’on ne désire pas entendre la voix, l’on se convainc que cela ne sert plus à rien, l’on s’allonge car l’on doit récupérer de sa propre lassitude physique d’abord, et que le reste viendra bien assez tôt.
Alors oui, l’on sait. On ne pleure pas vraiment. On ne comprend que l’évidence. On reprend le dessus sur les dessous du fléau qui est venu anéantir les derniers espoirs, on maudit l’espoir, tiens justement ! Et l’on dort enfin, mal, énervé ou embrouillé de marasmes qui ne veulent, derniers résistants, pas encore réaliser.
L’on sait, l’on comprend. L’amour n’a pas été, n’est pas, ne pourra donc plus être. On regrette. On ne peut que comprendre, c’est idiot, on est en tort, le seul fautif, et l’on n’éprouve nulle révolte. On aura bientôt 33 ans, et l’on s’endormira en achevant une année de plus, comme l’on déambule dans les couloirs des hôpitaux, seul. Parce que l’on sait maintenant, parce que l’on a compris.
Ecrire, encore écrire... Une solitude soudaine au sein de mon quotidien, un calme inattendu me ramène à l'exercice et,
pourtant, le temps me manque... L'afflût d'inspiration, le brouillis des idées, la multitudes des envies à évoquer, bref, je ne trouve pas les biais, les parades pour exprimer en toute justesse
les émotions du moment. Et puis l'excitation, là, mon grand défaut, les pulsions, les impulsions qui gisent de nulle part et qui veulent toutes être entendues en même temps et au même
volume...Hier soir, Monsieur, « HIM » tel est son surnom, ou « Loustic » pour les plus intimes, c'est-à-dire MOI, participait à l’anniversaire de l’une de ses plus fidèles amies. Et 50 ans, j’imaginais déjà que ce devait LE grand anniversaire… beaucoup d’amis présents, Le fameux « Ice Beauty » rencontré sur Paris avec Monsieur, dont d’ailleurs je tairais sur le coup le charme ravageur et le physique tout à fait approprié à mes goûts personnels, et un tas d’autres amis que je ne connaissais pas ou imaginais sans assurance de les savoir ou non conviés…
La dite cinquantenaire est une femme très gentille, à qui je n’ai pu réellement parler qu’une seule fois sur les 9 mois que j’ai passé à Perpignan, et chaque fois que je l’a croisait ça et là, elle ne manquait pas de m’embrasser et de me toucher deux mots. J’étais certes l’ami de Monsieur, mais j’étais considéré, et je l’avais en estime pour le peu que je la connaissais.
Cette soirée sonnait pour moi, à distance, le soir de tous les paradoxes. Remplis d’émotions contraires, d’idées vagabondes et farfelues, je me réjouissais en tout premier lieu de la distraction collective qu’allait vivre mon amour perdu, bien trop solitaire à mon goût et qui évoquait ces derniers jours de l’ennui, peut-être de la solitude. J’aime le savoir avec ses amis, les vrais, les solides, ceux dont il me parlait en tant que tel, peu mais visiblement sincères et importants… Premier paradoxe égoïste et égocentrique, je me demandais de suite pourquoi durant notre vie commune, nous n’avions jamais partagé ce type de soirée, jamais hormis un restaurant pour célébrer l’arrivée d’un collègue au travail de Monsieur, mais repas relativement officiel je dirai… La honte de moi ? Notre plaisir à nous suffire de nous deux dans un quotidien calme et bien établi, je ne sais pas, je me souviens seulement n’avoir pas vécu de soirées de ce type avec lui.
Hier soir, j’étais heureux, et ce fut vraiment la première émotion ressentie, sincèrement. Le savoir de sortie, bien qu’ayant entendu, encore il y a peu, les dérives possibles de cet homme à l’issue de ces sorties pour quelques fois « arrosées », peu importe, l’essentiel me semblait soudain être cette possibilité pour lui de se distraire, de sortir de son appartement trop grand (évidemment je ne sui s plus là pour l’occuper !), mais aussi, une manière de renouer d’avec sa vie d’antan, je veux dire, d’avant moi.
Mais il faut dire que depuis deux jours, Him a des remarques blessantes, une distance étrange. Et hier donc, juste avant son départ, l’énième coup de merde de l’ex. Des annonces faites à ma place, des aveux que je voulais réserver à l’heure adéquate, bref, des évènements brutaux qui venaient contrarier l’ambiance générale. Monsieur ne devrait croire que mes versions, que ma vérité car elle n’a pas été toute divulguée, compte tenu du temps pressant, mais non, il aura fallu que ce meneur de torts viennent là éparpiller des graines de doutes ou de poison.
Alors les doutes, les paradoxes, les peurs, un tas de mauvais sentiments se sont emparés de moi.
Malade depuis 4 ou 5 jours, bronchite asthmatique, la forme physique prend vite le pas sur le moral et j’avoue ne pas toujours contrôler en telles occasions mes émotions (déjà qu’en tant normal l’impulsivité l’emporte sur la raison à bien des reprises !). Mais, fait exceptionnel, j’ai dit à Monsieur, par texto interposé « sois heureux ce soir, amuse toi, passe une bonne soirée », avec une touche espiègle dont je ne peux jamais me passer « à bientôt, si ta soirée ne se finie pas accompagné ».
Première peur : oui, voilà, le savoir pris dans le tourbillon d’une sorte de coup de foudre « libidesque » ou que sais-je, un charme irrésistible, je ne sais quoi, un homme, un autre, sous les effets de l’euphorie ambiante, des substances tourbillonnantes, etc… Et le savoir ne pas rentrer seul, savoir que son lit sera enfin partagé par un autre depuis moi... Horrible torpeur à ne pas me lâcher, sans compter la conversation récente vécue à Paris avec messire le Pharaon, ami de Monsieur qui me racontait de vertes et des pas mûres sur le passé de Monsieur avant moi (que j’avoue avoir vaguement connu ou entendu pas aussi franchement détaillé).
Him m’a fait la promesse de m’avouer le jour où il vivrait ce type d’aventure, d’un jour ou de plusieurs d’ailleurs, je sais que c’est curieux, la requête émanant de moi, mais je sais aussi que cela me servira, que cela modifiera la donne, que cela aura sur moi des effets certes dévastateurs mais probablement irréversibles, encore que… Depuis qu’un semblant de soupçon s’est instauré sur une hypothétique infidélité de Monsieur durant notre vie commune, je crois que mes théories sur la fidélité ont bien évolué…
Bref la solution fut : deux somnifères au lieu d’un seul comme à l’accoutumée et coucher à 21h s’il vous plait. Et là, la belle erreur, la monstrueuse connerie… Le sommeil a directement et très vite dérivé sur un rêve absolument terrifiant, à n’en plus savoir si j’étais à cette dite soirée ou non, et si tout ce que je visionnais là ne représentais rien de prémonitoire…
Je voyais Monsieur, enivré, très légèrement, mais léger et papillonnant, courtisé par cet homme tout à fait à son goût. Entendez « à son goût », quelqu’un de totalement opposé physiquement à ce que je suis. Et j’assistais au spectacle affreux d’une séduction progressive entre les deux hommes qui peu à peu se rapprochaient, riaient et semblaient partager, ma foi, une intimité, tout à fait hors des propos festifs de la soirée. Quand soudain l’ex, mon ex arrive là (et ici nous ne sommes plus dans la prémonition !), me provoque, violent, virulent et brutal, et s’aventure à choquer l’assistance par des gestes et égards à mon intention franchement déplacés. S’en suivent des jeux de perversités absolument atroces, les deux « couples » fantasmés se mènent un mauvais combat de rivalité totalement perverse.
Monsieur et son homme partent ensemble, je les suis du regard, je vois par la fenêtre qu’ils s’engagent en direction de l’appartement autrefois partagé, et l’ex sourit d’un air mesquin, m’assénant là du dernier coup fatal.
Réveil brusque et tonitruant, la fièvre, 38,5°, délires, plus moyen de trouver le sommeil, même le chien est dérangé par les vas et vient répétés dans le lit trop petit. Minuit ou presque, plus moyen de dormir, larmes, soupirs et petits rictus de la scène virtuelle vécue. Mais inquiétude et angoisse, sanglots, et là je ne retiens pas un sms, vu l’heure tardive à Monsieur. Je ne me souviens plus de la teneur exacte d’ailleurs. Un « je t’aime de plus » sûrement, une pensée pour lui, rien qui ne soit trop équivoque je pense, pas de réponses, je ne retrouverai pas le sommeil avant deux ou trois heures.
Monsieur ne répond jamais, jamais, au « je t’aime » que je peux parfois lui adresser, de moins en moins nombreux quand même, mais rien, jamais le moindre commentaire. Ce texto était malvenu, mais je ne sais pas, je ne me souviens de rien, je n’enregistre pas mes messages envoyés, et puis quelle gravité, probablement efface-t-il depuis longtemps tout ce qui provient de moi.
Ce matin, la fièvre est tombée. La gorge et les bronches, en plus d’être encombrées, nouées je dois dire, de peine et de questions. Je n’en poserai pas, je ne me déclarerai pas. J’arrive aujourd’hui à retenir toutes ces envies incessantes de le contacter. J’ai eu l’idée récente, puisque je serai en vacances de venir passer chez lui mes 33 ans, je ne voulais pas de fêtes, pas d’anniversaire à proprement dit, mais je ne sais pas, n’être qu’avec lui, rien que lui, et son cops, et mon cyclo. L’idée était saugrenue semble-t-il, quasi refoulée de Monsieur, en tout enserrée dans des conditions bien trop nombreuses pour que je puisse m’engager à la moindre promesse ou tenue demandées. Alors, comme toutes les années, je ne fêterai pas cet anniversaire, encore une fois le but n’était pas là, alors, comme toutes les années, je dirai « je suis seul, je n’ai pas d’amis », la Cosette qui se complaît à la perfection.
Aurai-je la moindre nouvelle de Monsieur ce jour ? L’angoisse était là au réveil à 6h, vive encore. Tout peut prendre un nouveau tour aujourd’hui, tout peut me résoudre, alors que rien aucune décision n’était clairement prise, si ce n’est des propositions que je n’ai pas eu le temps de faire, des surprises que je voulais laisser à l’appréciation de Monsieur. Il n’a jamais dit qu’il ne m’aimait plus, il n’a jamais dit qu’il ne me reprendrait plus, les seules choses qu’il ait pu balbutier ce sont des « je pense que non », et aussi, soyons honnêtes, « pour moi, les choses sont claires ».
Drôle comme le temps passe et que l’oubli ne s’opère pas ni le souvenir de s’amoindrit, pire, j’ai le sentiment que tout s’alimente et s’agrémente de jour en jour. J’avoue connaître un remède, mais il est purement dégueulasse et vomitif, je ne saurai pas survivre à ça. Pas là, tout de suite.
C’est bien le cœur qui parle pour raison, mais entendons-nous bien : la raison n’accède qu’à peu des volontés du cœur. C’est ainsi que je vois, que je ressens, car il est un intérieur à mes émotions, comme si chaque larme ou sourire avaient pour fleuve à se laver mes veines palpitantes. C’est ainsi que je comprends, de par ce regard extérieur, chaque jour plus âgé, meurtri, mais pas seulement, accomplit, soumis à des épreuves dont, d’ailleurs, je ne suis pas le seul « esclave ». Car d’enchaînement, il s’agit bien, l’éternel privation de liberté que seul nous inspire et nous confère l’œil aiguisé d’autrui. Je n’ai jamais su exister que sous cet angle là, au travers des ces avis là, cela fait de moi un égocentrique, mais hélas, un triste soldat qui irait au combat sans autres armes que le bouclier qu’on voudra bien lui prêter. Je ne suis rien, sans être pour ceux-là, et je suis encore moins quand je n’accède plus à l’essentiel qui ne se résume jamais à des précisions théoriques.
J’ai mal, c’est à n’en point douter. Si mal… J’ai beaucoup écrit les mots du désamour, j’avoue découvrir le mal du mot qui s’empêtre dans l’amour qui s’empêche et se restreint.
Je t’aime. De ce constat, le plus beau, n’est-il pas vrai, le plus abouti, ne dit-on pas, je n’ai pas la moindre opportunité, pas la plus petite perspective. On me parlera d’espoir, mais le traître est un brocanteur de pages de romans déchirés, des épopées qui commencent à un siècle et s’achève sur deux ou trois autres plus tard. Nos amours ne sont que les lambeaux des pages déjà écrites et lues, nos amours n’ont d’original que nos singularités bien distinctes, mais qui sommes-nous donc, le saurons-nous un jour, franchement, faudrait-il absolument le savoir… A ces questions, je me laisse gagner par la fatalité, ta fidèle, ton alliée, et ta défense première.
Nous venons de partager quelques jours, loin de nous, loin de nos univers autrefois communs et rompus depuis peu. Nous venons de nous retrouver pour quelques promenades, quelques errances et des tirades extraites de nos viscères, avec plus ou moins de vérité, sinon de complaisance.
Tu ne t’es pas débattu devant mes baisers, tu ne m’en as rendu qu’un, toi-même sujet aux cautions du cœur et de la raison. Et ce que j’aimais là, dans cette scène, c’est que tu souffrais à vouloir à tout prix te départir. Je ne comprendrais jamais. Tu as dormi, je t’ai caressé les cheveux pour que ce la quiétude justement t’emporte, et tu ne sais certainement pas que ma nuit fut semée de quelques réveils brusques, à t’entendre respirer fort, à tes genoux s’étirant sous les draps rêches, à ton souffle, celui de l’enfant qui a bien trop vécu sa vie d’homme.
Tu m’as toujours appelé « bébé » et, parfois encore, tu prononçais ces mots là, je me reconnaissais évidemment, mais ils m’interpellaient. Tu fuyais mon regard et, parfois te posais sur mes yeux, mes gestes ou façons, j’ai vu, je n’ai rien dit. Et puis, tu as eu ces distances à imposer, les règles de la raison, toujours, souvent en tout cas, contrecarrées pas tes envies profondes. Et je devinais, comme aux derniers mois de notre vie commune, par intuition, déduction et, finalement, naturel, que tu m’aimes. A ceci, je te disais « j’ai vu que tu m’aimais, et je ne comprends pas le paradoxe entre ce sentiment et tes attitudes inverses ». Tu me caressais la joue pour balayer l’explication de trop, l’espoir inutile.
Nous sommes deux énigmes l’un pour l’autre, j’ai retenu ce terme. Même si tu crois en la fluidité de tes positions, ton goût pour le secret, ton naturel pudique et tes instincts de protection, tu faillis parfois à ces pendants bien trop cultivés pour retrouvés l’inné de la vérité pure et donc, de ton amour, de ta tristesse aussi, de ta colère sûrement, mais de ton désarroi surtout.
Ô certes, tu n’es pas à l’agonie, comme tu me l’as indiqué « je t’ai fait souffrir », mais non, « je ne t’ai pas beaucoup fait souffrir ». Ces petites phrases qui résument tant ton aisance naturelle à me blesser d’une certaine indifférence. Il faudra toujours que je n’existe pas, ou moins, et que jamais tu ne fissures le métal de ta grande armure. Je ne crois pas que tu me veuilles du mal. Non. Je pense désormais qu’il te faut m’atteindre là où tu as décelé mes points faibles, m’atteindre pour me raisonner, me limiter, me tempérer. Et cela, nous le savons bien, ne peut que contourner les remparts plus ou moins solides de mon ego.
Mais à ne plus me faire exister, à flouer les indications, à ne plus m’octroyer de statut défini, j’ai aujourd’hui le mal du cœur qui vient assaillir celui de la raison. J’ai aujourd’hui la passion des infinis champs du possible qui s’est éventrée des doutes de la cruelle vérité, si tant est qu’elle est la vérité.
A de multiples reprises, j’aurais voulu ce courage pour nous détruire mieux que je ne l’ai fait, aspirer jusqu’à la moindre poussière affective d’un plancher ras de nous. Mais je n’en ai pas la force, pas la volonté, pas l’envie, et pas le sang. On l’évoque souvent en imagerie, en poésie, mais voilà que mon sang, ma chair, mon corps, tout ce que je suis s’emballent aujourd’hui, et encore plus pour toi (parce que décuplés par l’absence j’en ai conscience). Mais je hais ces sensations d’ivresse et de plaisir qui gagnent mon épiderme lorsque je te frôle. C’est la peau alors qui ressent et éprouve. L’envie de te toucher, cette sensation de faim vorace et sensuelle, cette impression d’appétit charnel et doucereux. Je ne maîtrise plus rien alors, je suis libre, c’est un corps qui s’exprime, et la retenue que je puise néanmoins je ne sais où est un supplice hargneux. Mais je peux être dévoré par le désir, je ne le cacherai pas, tu es beau, mon beau, celui que je serai le seul à voir sous cet air là, cet esthétique là, cette beauté.
Quand je doute le plus, que je pleure à m’en déchirer de cris sourds le fond d’une gorge bouchée de sanglots, c’est que je t’imagine justement à mêler ton corps à celui d’un, de plusieurs autres. Curieusement, je ne crains pas les sentiments que tu pourrais un jour, éventuellement, dédiés à un autre que moi, non, cela me paraît certainement trop improbable, trop impossible. Alors ce qui m’effraie véritablement c’est la chair qui se donne gratuitement, ou pour les délices de plaisirs fugaces, les libidos endiablées par les pulsions. J’ai l’horreur et la souffrance de cet imaginaire là, celui où tu me diras, où je saurai que d’autres doigts se sont perdus sur ton corps tendu.
Et pourtant, à t’aimer si fort, j’attends, sans le moindre doute, un bonheur pour toi, une nouvelle envergure, d’autres alternatives, que je ne sois plus, et qu’une exclusivité me destitue à jamais. Oui, je le souhaite comme j’en ai peur, mais t’aimer c’est aussi vouloir le mieux, non pas pour un « nous » hypothétique », mais pour un « toi » épanoui. Drôle et difficile paradoxe que celui du bien que l’on souhaite à l’être essentiel quand pourtant ce bien là pourrait nous achever à jamais.
J’aurai peut-être préféré ne pas connaître ta vie d’avant moi, ceux qui ont pu la traverser, les évènements, mêmes anodins qui ont pu la jalonner, car chaque jour, je pense aux lieux virtuels où je mourrai de te retrouver, je crains des villes, Bordeaux, j’ai peur de prénoms, F. ou P….
J’écris, dans ce train qui me conduit encore une fois où je ne suis pas chez moi. J’écris, j’avais décidé de tout dire. Mais tout, c’est nous, et forcément résiste de l’impalpable et de l’indiscutable de tout cela. Me lis-tu et comment me lis-tu ? J’aimerai recevoir ton visage, tes réactions lorsque j’exprime tout cela, puisque je sais si mal le faire de vive voix.
A cette époque là où nous nous sommes justement rencontrés, et que nous nous engagions dans ce qui deviendra une belle affection, pour ne pas dire amitié, tu savais de moi mon impulsivité, mais aussi, et tu m’enviais alors, mes facultés à prêter, pire, à offrir, à l’amour, tout, jusqu’à la moindre miette. Ainsi, tu vivais mes confidences sur cet amour qui s’envolait à l’autre bout du monde, tu restais « admiratif » de mes décisions, et tu l’as dit, tu m’enviais.
Ce sont ces écrans virtuels, nos conversations ou nos écrits dans l’ombre de l’un et de l’autre qui ont peu à peu fortifié une attirance. Tu vivais seul, tu prétendais aimer le charme de la solitude de l’indépendance qui ne te privait pas de plaisirs soudains, mais l’amour selon toi, oui, l’amour ne serait plus jamais qu’une « cerise sur le gâteau ». Et puis, tu es venu jusqu’à moi, concrétisant, affirmant d’autant plus mon attirance. Je rencontrais non seulement un homme charmant, mais, et je l’ai perçu dès le départ, un homme qui, intellectuellement, m’embarquait dans les travers de sa personnalité.
La folie amoureuse que j’avais eue pour cet homme là, je la vivais désormais pour toi, immédiate et spontanée. Alors, on pourra bien dire que tous ces termes employés ne se résument qu’au mot « passion », certes, mais, très tôt, tu m’as interdit les élans de trop, les élans floués ou désordonnés, tu m’as appris une discipline amoureuse, un respect, une certaine lenteur à la découverte. Et « lenteur » n’est pas le terme exact, il faudrait dire que tu n’auras jamais voulu bousculé le temps. Cela ne s’est pas fait sans mal. J’ai reculé deux fois, partant lâchement, te quittant alors même que rien n’était réellement construit, le premier mois et deux ruptures, tu ne les oublieras jamais, pourtant quand je les revisite dans ma mémoire, il ne s’agissait que de peur, que d’un changement brutal entre une vie et une autre, lui et toi, les opposés parfaits. Je n’arrive qu’à me reprocher la lâcheté des ces actes, mais pas leur « valeur », les hésitations et les craintes furent, de mon point de vue logiques, elles ont assuré mes sentiments, les ont rendus plus affirmatifs.
Et je suis revenu, un jour comme un autre, tu m’as enlacé, si fort, si passionnément, tu ne voulais pas me perdre, tu acceptais les mille pardons que je t’avais déclamés, et nous nous engagions dans une vie de couple assumée.
Sept mois, c’est environ le temps qu’il m’aura fallu pour m’adapter à cette nouvelle vie, à t’adopter, comprendre uns à uns tous ces codes de toi, ces habitudes à ne pas défaire, la place à trouver. J’ai manqué de tendresse, tu étais foncièrement indépendant, libre. J’ai adopté des comportements, du plus ridicule au plus sincère, pour atteindre le plus profond en toi, et lentement, je parvenais à trouver un nid que tu m’avais préparé, un nid qu’il fallait néanmoins consolider à deux.
Et puis, la santé, le travail, l’argent, la vie quoi, les considérations qui gesticulent autour de l’amour, le malmènent ou l’empestent d’humeurs souvent inadaptées. Il y eut un évènement dont nous n’avons pas mesuré l’ampleur. Un triste sort qui, toi, te faisait réaliser ma souffrance physique, et qui, moi, me terrorisait devant ta distance et ton manque d’émotions. Quand je suis sorti de l’hôpital, quasi nu ce jour là, puisqu’évidemment il s’agit de santé, j’ai compris que tu étais excédé, que tu ne comprenais pas ma douleur, et que, peut-être tu le comprendrais, et donc ne la soutiendrais jamais. Alors oui, j’ai dit des mots horribles, j’ai vociféré toute cette peine qui déchirait ce dimanche de malheur. Je ne me reproche rien mon amour, il ne s’agissait pas de rupture, il ne s’agissait encore moins de haine, mais juste de désespoir, et cela tu aurais pu l’entendre.
J’ai vécu les jours suivants dans cette tristesse latente, réaliser que tu ne serais pas là pour moi devant la maladie m’a condamné, presque anéanti, toi, oui toi qui chaque jour durant connait le mal, la dégradation du corps, les méfaits de la maladie. C’était justement là notre incompréhension, tu avais agit avec la distance peut-être trop retenue du « professionnel », et j’attendais l’appui d’un amour. Il fallut un certain temps pour le comprendre, deux mois, les deux derniers mois de notre vie en commun.
J’avais engagé des actes pour partir, te quitter, si choqué que j’étais par cet épisode là, et je suis me suis engouffré dans un système hiérarchique et bureaucratique, celui de ma profession, qui bientôt allait me séparer de toi, malgré mes recours, mon acharnement à dire « non, je me suis trompé, effacez ma demande, laissez moi avec lui ».
Car deux mois justement ont passé, deux mois où, dans ce nouvel appartement, j’avais une place, tellement de place, j’acceptais maintenant ton besoin au silence, je le respectais, et même si je commettais encore quelques erreurs, je peux dire que ces deux mois ont fabriqué notre amour plus que les 7 précédents. Notre saint-Valentin, nos petits projets de rien, nos deux pépères, et notre animalerie… Nos corps qui s’épousaient de mieux en mieux, tu le sais, tu es, tu auras été mon meilleur amant. Et nos rires, tes façons de plus en plus venir à moi, pour m’enlacer, me toucher et juste me regarder d’un « je t’aime ». Deux mois, où cette vie prenait la forme que j’avais tant attendue, deux mois où tout se brisait derrière nous sans que je ne puisse rien faire contre cela.
Tu n’as jamais su que le jour où l’on m’a appris ma mutation, où l’on m’a dit « ça y est, tu pars, tu dois partir », j’ai passé la journée à l’hôpital et non au travail. J’ai hurlé d’abord, pleuré tellement, et mon corps a vacillé une fois de plus, sous les spasmes, les convulsions de la rage. Dans une semaine, je devais partir, déguerpir, t’annoncer tout cela, et te quitter, oui, te quitter vraiment.
Il ne s’agit pas d’impulsivité comme tu le résumeras par la suite, juste d’incompréhension, de manque de dialogues, juste de ma faute, de mes fautes répétées, et je vis avec la culpabilité du moi sans toi depuis ce samedi là où, je voyais s’éloigner ton appartement, notre appartement, à jamais. Et pourtant, je ne savais pas encore que le mot « jamais » serait le plus adéquat, j’ai entendu que tu n’acceptais pas cette fatalité là, tu as entendu que je partais pour toujours, nous avons entendu ce que nous voulions alors, si salis l’un et l’autre par l’amertume d’une rupture insensée.
Alors voilà, les jours passent, un mois maintenant, et lorsque je te demande si tout est vraiment, définitivement fini, tu réponds que tu « penses » que oui. Je devrais alors abandonner le combat, mais il n’existe pas de laveries automatiques pour les cœurs enracinés et peints à la couleur d’un seul et unique amour. Je n’ai pas voulu, je ne le souhaite toujours pas, me nettoyer de toi.
Quoi faire alors ? L’argent vient maquiller ma volonté, le travail m’emprisonne, et j’en reviens à ce cœur qui raisonne et cette raison qui éprouve, lequel choisir… Démissionner pour toi, te revenir, je suis le seul à pouvoir engager cette rupture d’avec moi-même, mais sans certitudes de ta part, sans un minimum de détails qui confirmerait tes propres envies à me vouloir à nouveau dans ta vie.
Je réfléchis, je suis calme. Partir et tout quitter encore, pour toi, nous savons bien que j’en suis capable. Et je ne souhaite plus, non vraiment plus, me dire que parce que je suis atteint d’un mal qui, un jour dégénèrera, alors je dois forcément, là de suite, rester ancré dans une vie sociale sécurisée. C’est l’instant, le jour que je dois vivre, pas demain et ses perspectives hypothétiques. Il ne s’agit donc plus de ces considérations là. Mais ai-je le droit de le faire, de démissionner, de m’engager dans un futur immédiat plus qu’incertain, traînant par ailleurs un passé qui, d’un pur point de vue matériel gâche le quotidien, ai-je le droit de t’imposer cela. Je ne serai rien, et si je n’ai pas pris cette décision de rester, tu vois, c’est pour ne pas t’imposer cette image de moi, du rien. Je ne veux pas que tu m’entretiennes, on l’a déjà fait pour moi et je n’ai que peu aimé ces hommes qui se sont dévoués avec une certaine hypocrisie.
Je ne t’ai pas quitté. Je reste convaincu que la porte est ouverte, alors que tu prétends, toujours timidement l’avoir close. Mais que dois-je faire ? Le temps, laisser le temps ? Gagnerons-nous en confiance ou justement celle-ci nous perdra-t-elle. Tu as dit que l’on ne quittait pas les gens qu’on aime, je t’ai répondu, on se bat pour retenir les gens que l’on aime. Mais il ne s’agit pas là de combat, ou de guerre. Nous nous sommes alités sur un lit doux et honnête, non, il n’est pas de guerre à mener, juste de volontés partagées.
Je peux, que ce soit avec cet idiot de coq, ou cet autre de trente ans mon aîné, je peux me rétablir matériellement, je me moque de donner mon corps, j’ai la force nécessaire pour être absent de leurs vies dans l’objectif de celle avec toi que je pourrais sauver. Je ne peux pas te demander cette vie avec toi où, sans travail, ni ressources, je perdrais sûrement la sensation d’être ton « égal ». Un autre peut-il donc le faire pour toi, pour nous, et l’accepteras-tu ?
C’est le choix que je dois faire. Je n’ai que 9 jours, 9 jours pour rassembler les fonds nécessaires et décider de ma prochaine destination. Aide-moi. Je t’en prie, aide-moi.
Dis-moi, pour une fois, dis-moi.
Généralement, enfin je veux dire « dans l’absolu », lorsque l’on prend la décision de quitter son partenaire, on se donne, quels que soient les motifs qui ont engendré cette séparation, un délai que je qualifierai de « respectable » pour se dire : « bon, ça y est, je suis prêt, je peux passer à l’étape suivante et avancer… »…
Evidemment, la notion est toute autre lorsque l’on se retrouve soi-même quitté, et bien mal à l’aise à définir combien de temps et surtout ses propres aptitudes qu’il faudra pour s’en sortir !
J’ai quitté un homme. Le sale détail est que je l’aimais, ce qui en revient à dire que je l’aime toujours. Pourquoi donc me dira-t-on, l’histoire serait bien trop longue. Et je me retrouve ainsi dans une situation paradoxale où je pourrai presque me sentir l’homme blessé et abandonné, alors qu’il n’en est rien. Et puis, si je dois être honnête, je dois avouer que je n’en suis pas à mon premier essai, dans le style « je t’aime mais je te quitte »… Et si je disais qu’ici, la situation est toute différente, qui me croirait vraiment ? Enfin bref, c’est pourtant la pénible réalité.
Deux semaines, voilà plus de deux semaines maintenant, et, rien. Le grand vide, la tristesse qui ne se distingue pas en torrent de larmes, mais plus égoïste, plus lancinante, avec sa lourdeur quotidienne et son lot de dénis cumulés, sa série de jérémiades plaintives et abjectes… Deux semaines, c’est assez pour se consolider dans ses remords, qui de toutes façons étaient présents au moment même où je prononçais les mots fatidiques : « je vais te quitter », qui d’ailleurs ne se sont pas exprimés ainsi mais d’avantage comme : « je suis obligé de te quitter », sorte de dénégation égocentrique, assez déplorable j’en conviens, mais quel autre choix avais-je ?
Deux semaines, et des évènements qui viennent salir un peu plus, mieux, ce qui déjà prenait toutes les allures d’une douleur criante. Le chien, seul compagnon véritable et fidèle, qui semble, de par sa léthargie et son manque d’entrain, subir de plein fouet les conséquences de mes actes. Mon corps qui résiste à tout, ou plutôt qui ne s’implique à rien. Plus de goût, plus de faim, plus de joie spontanée, plus de symbolique, plus de regard éveillé devant une couleur ou un lieu qui autrefois m’aurait enchanté, plus rien… Et pas de désarroi particulier, une auto-satisfaction, je croyais, à se laisser vivre, sorte de fatalité tordue, l’attentisme sans considérations. Deux semaines, et voilà que j’en entame une suivante qui semble ne pas se dépareiller de ses précédentes. Deux semaines, et l’impossibilité catégorique de s’abstraire de l’autrefois que l’on considère toujours comme un présent, le refus de voir ou de simplement constater que le canapé, le lit, sont vides. Deux semaines sans regards ni mots, pas de questions, même basiques, ni remarques sur le choix du dîner ce soir, les difficultés rencontrées aujourd’hui au travail, deux semaines d’un grand silence, car tout autre homme ou femme qui me parlerait serait de toutes les manières « silence ».
De son côté, je ne sais rien, pour la première fois, et je ne me reconnais pas vraiment, je ne tente pas de savoir. Je devine, je soupçonne, mais j’ai confiance. En quoi, me direz-vous ? Je ne sais pas, en un lien subsistant je suppose, en une toile encore « accrochée » à nos rives respectives. Parfois, il me prend l’envie d’une pensée à exprimer, ou alors, je peux être dominé par la pulsion d’une déclaration timide, mais rien, rien qui ne vaille la peine ou l’attention d’être considéré comme de l’acharnement ou de l’affection imposée.
Deux semaines, et le nombre de jours qui me gifle est infecte. Ils sont longs, si longs, dès que je me mets à penser à lui, puis, peuvent être de la plus grande brièveté dès que je me raccroche à mes seuls repères encore vivaces : mes tâches professionnelles.
Alors, j’en suis revenu à cette époque pas si lointaine où quitter un homme impliquait irrémédiablement l’arrêt total de toute alimentation, une frénésie malsaine car malvenue dans le travail et une sorte d’aveuglement face au monde alentour, ses danses ou éclairs fracassants.
Lorsque je me penche, comme ici, sur cette question, je me dis qu’alors, pour me comporter ainsi, je dois forcément me raccrocher à l’espoir… Ah l’espoir !!! Et bien non, même pas… S’il est un individu dont je sais la parole cinglante, dure et définitive, c’est bien celle de l’homme que je viens de quitter… Alors évidemment, on pourrait se galvaniser d’une vanité à vouloir briser la carapace justement de cet être là qui est hermétique, et ce pour toujours, à vous, mais non, je n’ai même pas cet orgueil, moi qui en ai tant à disposition et souvent mal placé…
Je sais qu’il m’aime. Là est mon plus dégueulasse tourment, ma plus vile sensation. J’ai quitté ce mec persuadé qu’il ne m’aimait pas, et voilà que, les jours précédents la rupture officielle et ceux maintenant m’en éloignant, me démontrent le contraire absolu, l’impression catégorique. Oui, il ne dit rien, ne fait rien, absolument rien, mais je sais qu’il m’aime. Allez donc savoir pourquoi, quand je fais le compte de nos contacts quotidiens, résumés à quelques textos sans réelle consistance que le doux plaisir d’avoir un « contact » même minime, rien ne peut me permettre, aujourd’hui plus qu’hier, de cultiver cette presque certitude…
Je n’éprouve pas d’envie, ni jalousie, je n’éprouve pas de détresse réelle, je n’ai pas d’idées sombres, pas qui soient alarmantes du moins, et je parviens même, quel exploit !, à refreiner toute tentation à l’appeler, lui parler ou le contacter. Je sais où il se trouve, me fait une idée de la vie qu’il mène et voilà, j’en reste à cette idée d’intégrité qui le représentait bien. Même si de là, je ne sous entends évidemment pas qu’il me doive quoi que ce soit, si de « fidélité » nous pouvons encore parler.
J’avoue craindre le jour où il me dira « il y a quelqu’un d’autre », quelqu’un d’une nuit, un mois ou plus, je crains cela, mais le lui souhaite. J’ai connu un garçon pour qui je ne fus qu’une cerise sur le gâteau, mais je trouverai si dommage que le gâteau ne soit plus qu’auréolée d’une fade chantilly.
Alors je ne cours pas, je ne crains rien, je pleure encore, souvent, mais les larmes ne font plus vraiment mal. Perdu ? Oui, ce n’est pas moi de ne pas me battre, pas moi de ne rien tenter, pas moi de laisser les choses se désintégrer, le temps s’occuper de mes propres affaires… Je pourrai prendre des décisions, je pourrai inverser la vapeur, oui… Mais je ne suis plus seul, maintenant qu’il n’est plus avec moi, je ne suis plus seul sans lui, c’est curieux ce paradoxe.
Jusqu’à ce jour, j’ai voulu croire que la solitude, qui ne m’est réellement pas familière, serait peut-être un « bien », en tout cas une opportunité. Certes, il y a les genoux qui se frôlent la nuit durant un sommeil partagé, les petites habitudes du couple qui gère son quotidien, les désaccords qui finissent en bisous, les seuls « bonjour » ou « au revoir, à tout à l’heure ». Je pensais pouvoir me passer de tout cela, sans trop de dégâts, c’est d’ailleurs ce que j’ai voulu de suite instaurer de ma perception de ce changement de vie. Et puis, hier, les urgences de l’hôpital et là, tout a ressurgit de façon si criante et brutale.
Finalement, qui prévenir, qui appeler pour chercher épaule ou compagnie, où rentrer et se dire que l’on me demandera de mes nouvelles, que l’on aura une attention, un œil sur ma faiblesse soudaine… Personne.
Je ne veux pas vieillir seul, combattre cette maladie et toutes les autres, seul. Alors, oui, j’ai cessé de prendre mes traitements. Non pas en réaction ou « par opposition », mais simplement pour comprendre, dire « tout cela ne sert à rien seul ». Et, si le médecin n’est pas d’accord évidemment, il ne juge pas. Je ne suis pas en péril, je suis adulte, j’assumerai. Je ne veux pas vieillir seul, avec un chien pour seule compagnie, m’éloigner de l’envie, des rencontres. Le sexe ne me dégoute pas ni ne m’effraie, je n’y pense tout simplement pas, je n’ai qu’envie d’une main sur la joue, d’une tendresse quelqu’une, pas tout à fait ordinaire.
Oui, deux semaines ne suffisent probablement pas, mais combien de temps encore, et jusque quoi, vers quoi…
Je vais certainement revoir cet homme une fois encore, l’échéance est programmée, et je sais, allons savoir pourquoi, que je ne le reverrai probablement plus jamais.
Je n’écris pas pour lui. J’ai envie de dire, je ne veux plus pleurer, même si l’un n’empêche pas l’autre, mais là, un instant suspendu, ce fut nécessaire.
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