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Sociétal

Vendredi 7 mars 2008 5 07 /03 /2008 08:17


Par David - Publié dans : Sociétal
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Samedi 24 novembre 2007 6 24 /11 /2007 07:48
C'est exact, comme me le disait une amie, qu'ici, je ne parle plus trop de moi... Je veux dire "en profondeur", l'intime n'y est plus autant dévoilé, préférant, ayant délibérément choisi (un temps ou tout le temps ?) de survoler entre actualités, grandes généralités et propos fugaces...
J'ai trop commis d'erreurs, trop... Et puis mes plus belles erreurs resteront les rencontres gravées à jamais dans mon coeur : les rencontres que l'univers internet, et plus particulièrement "bloguesques" m'auront offertes...
A commencer par 3 hommes qui auront compté et compteront toujours dans ma vie, à passer par les douces qui se sont révélées indispensables, des amies, des coeurs, Madison ou ma Grenouille préférée, et puis, évidemment, à finir par celui qui partage aujourd'hui mon quotidien, des 3 hommes précédemment cités, mais dont, effectivement, je ne dis rien, ou peu...
Alors des erreurs comme ces dernières, je veux bien en commettre un tas encore !
Il est toutefois un sujet qui restera à jamais, sujet de malheur ou d'intérêt vivace, et pour cause : la maladie. Je me suis tu un jour sur tout cela, préférant à l'exaceration perpétuelle, un silence intime et, je dirai, "salvateur".
Je compose avec le SIDA depuis bientôt 7 ans. Je compose tantôt bien, tantôt mal avec le SIDA et tout ce qu'il engendre et que l'on ne saurait parfaitement envisager. Je ne parle pas là seulement de ce que l'on nomme rapidement les "effets secondaires", non je parle de ce grand tout, de tout ce qui va avec ou autour, de tout ce que l'on pourrait lui assimiler ou l'accuser, je parle de la vie au quotidien, du temps qui passe avec bien d'autres nuances qu'une vie "normale", de la mort bien sûr et du contrat que j'ai involontairement passé avec elle un jour de mai 2001.
Depuis ce jour, j'ai toujours pensé que je mourrai de cette maladie. Mais le mal en question est si insidieux qu'en réalité, le temps aidant et faisant, je ne sais plus, ou plutôt, je ne souhaite plus savoir.
Plus les années passent, plus de 6 ans déjà, plus j'apprends à me désengager de la fatalité pour  m'en référer un peu plus aux vérités, aux évidences mêmes, à la vie finalement.
Apprendre à mourir c'est avant tout s'essayer à la vie, putain de vie ou merveille de vie, je ne m'étendrai pas sur cette idée là.
Il n'en demeure pas moins que le SIDA est ma vie, comme celle de millions d'autres, et que je compose à ma façon avec.
J'ai commencé il y a peu une rubrique que j'ai nommé "Les Saloperies". Elles évoquaient jusque là des faits d'actualité présents, immédiats.
Aujourd'hui, c'est une mémoire qui parle, un jour, je n'étais alors pas concerné par ces propos, un jour, LUI a dit... En terme de saloperies on pourrait simplement dire qu'il sagit en sa personne d'un bel euphémisme, mais revenons sur les propos en question....
C'est éloquent, ça ne mérite aucun commentaire, et je pourrai m'arrêter ici, juste comme cela, sorte de devoir de mémoire...
Et puis non, j'ai longtemps hésité avant de montrer ses images et celles qui vont suivre dans un seul et même article...
Je lis et m'intéresse à tout ce que je trouve sur le SIDA. "Evidemment" ? Non, pas forcément, il y a certes l'évidence que tout cela ne peut que me parler et puis, depuis peu, un nouveau sentiment : l'irresponsabilité, et elle n'a pas de couleur politique, de nos dirigeants. Jacques Chirac avait fait du SIDA une priorité nationale, de même que le cancer ou la maladie d'Alzheimer, hors, concernant le VIH, toutes les associations s'accordent à dire que rien n'a été fait durant ses deux mandats consécutifs.
Et puis voilà qu'il y a deux jours, je tombe sur un article qui m'a laissé un peu sans voix, une information "utile" ? Je ne sais pas, sûrement, mais intéressante, indéniablement intérressante...
Oui, certes, presque 20 ans après les propos du borgne, des scientifiques, analystes ou autres chercheurs parviennent chaque jour à des progrès ou conclusions telles que celles-ci : cliquez ICI
Alors, pour finir, je voulais terminer sur un formidable reportage, c'est long, 1H30, c'est fomidable, c'est bouleversant et criant de toutes les vérités exposées...
Pour ceux qui auront le courage ou simplement l'envie de regarder, voilà.
Le 1er décembre prochain, il sera temps pour une énième année consécutive d'agir pour cette journée de lutte contre le SIDA. C'est, je l'avoue, la première année où je me sens réellement et concrètement concerné. Est-ce parce que j'ai entamé cette année même ma trithérapie et que je suis désormais, au même "rang", au même "titre" que de nombreux autres ?, est-ce parce que tout simplement j'ai pris conscience de certaines choses trop longues ici à exposer ? Oui un mélange de tout cela, et puis non, non, je loue ma chance d'être né en France, d'étre soigné en France et de bénéficier d'un régime social aussi indispensable et honorable que le nôtre. Cet article qui souligne la saloperie d'un homme, je préfèrerai toujours à son nom ce surnom un peu facile de "borgne", cet article voudrait aussi évoquer une autre saloperie, celle que l'on nous prépare, celle qui s'invite en silence dans notre société, celle qui brise et brisera peu à peu tous nos acquis, tout ce pourquoi des hommes et des femmes se sont battus durant tant d'années...
Oui, effectivement, le pouvoir en place m'insupporte, pour ne pas employer de mots plus rudes, mais il ne s'agit pas de mes inimitiés politiques, ni de mon aversion pour un homme en quête effrénée de pouvoir et de médiatisation qui sont ici en cause. Je parle là des dangers de ses actions, de cette politique et de cette France qui se dirige là où jamais, ô combien jamais, je n'aurai pensé qu'elle irait.
Et puis, pour finir, il y a ceux, tous ceux, innombrables et incalculables, là-bas, en dessous d'une frontière où l'on considère que sans le mot, la fonction "argent", plus rien n'existe ou n'a à être considéré. Je parle de L'Afrique, de cette Asie et de Amérique du sud, des continents qui se meurent à une vitesse vertigineuse, faute de quoi, faute de tant d'autre saloperies, puisque tel est le thème de l'article. Des gouvernements qui dirigent le monde, en occident, aux laboratoires qui font parfois plus de mercantilisme que de charité, des continents se meurent à une cadence bien plus infernale et effroyable que le pays où je réside et profite des droits menacés.
"Les origines du SIDA" tel est le titre du reportage que voici. C'est tout, ça suffit.

Par David - Publié dans : Sociétal
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Samedi 17 novembre 2007 6 17 /11 /2007 07:36
Je dois bien dire que depuis quelques jours, quelques semaines même, je fuis la lecture ou l'écoute de nos chers médias. Franchement, je n'en peux plus... L'écoeurement étant total, je ne sais pas, c'est comme ça, je reste là, assez dépassé par les petits ou grands malheurs, par les éclats ou grandiloquences de notre cher gouvernement et je n'ai plus envie, non, plus envie, d'être le trublion, énième trublion des polémiques en cours...
Mais enfin tout de même...
Hier, je tombe par hasard sur Canal +, le grand Journal, et qui voilà invitée ? Ma grande amie Boutin, rappelez-vous "Les Saloperies  n°2".... Même discours, c'est à dire du "je fais mon maximum, je suis indignée, je serai intransigeante, et patati et patata..." et à une ultime question d'Apathie que décidément j'adore, la ministre se retrouve une fois de plus dépassée, pour ne pas dire complètement embarassée par une question , simple, mais si vraie : "ne trouvez-vous pas que SYMBOLIQUEMENT, en cette période de crise des mal logés, l'annonce de l'augmentation de salaire du Président était un peu malvenue ?"...
Se perdant en justification qui ne répondait en rien à la question, Mme Boutin aura fini sur un silence que le journaliste qualifiera d"acquiessement"...

Le salaire du Président de la République... Il faut que je me calme, je prends mes anxiolytiques avant toute explication ou interprétation sur le sujet !
On nous a annoncé il y a quelques temps de cela que Monsieur Musso-Busho-Sarko allait voir son salaire augmenter de 140%. On expliquait de suite qu'il ne s'agissait là que d'un "alignement" sur celui du premier ministre... Certes, certes... Et très discrètement, on en parlait aussi, mais beaucoup plus rapidement,  le budget alloué à l'Elysée, donc à la maison du Président, allait lui aussi être grassement augmenté...
Il est très marrant de comparer les différents JT et leur interprétation de la nouvelle au moment de l'annonce :
 


Et l'écoeurement commence vraiment...
Une semaine plus tard, on nous annonce, beaucoup plus discrètement, qu'en réalité, il ne s'agit pas d'une augmentation de 140%, mais de 172%, seule source, "Le Monde" que voici...
Le-Monde-1.jpg L'info est confirmée, ok, on ne va pas chipoter, allez à 30% près, après tout...
Mais non, comme si cela ne suffisait pas, et alors, plus personne n'en parle du tout, en tout cas à la télé, c'est carrément de 206% que sera finalement augmenté le fameux salaire....
Source AFP (tiens faut que j'arrête mon abonnement à la newsletter)
AFP-Dosi-re-2.jpg L'Elysée n'a ni confirmée ni infirmée l'info d'un député certes P.S., de l'opposition je le rappelle au cas où où certains auraient oublié qui ils sont, donc peut-on considérer qu'elle est exacte ? No coment...

Et voilà cette affaire d'augmentation du budget de l'Elysée, on nous parle surtout et avant toute autre chose, d'un souci de transparence, ok, tout vas bien, grand seigneur, le Tsar qui nous gouverne est décidément un chouette garçon, honnête et droit, et quelle classe d'être si franc...
On se fout de ma gueule ou quoi ???
La fameuse raison invoquée, la transparence, voilà deux documents qui en parlent mieux que moi (sources "@si"), étrangement, tiens comme c'est étrange, ce n'est pas la première fois qu'on nous la sert l'excuse "bon prince Robin des Bois", souci de transparence, mon c--....
Année 2004 :
Communiqu--Elys-e-1.jpg Année 2001 :
Communiqu--Elys-e-2001-1.jpg Et Monsieur Coppé, en 2007, s'en défendant encore, alors secrétaire d'état au Budget, de s'en expliquer...
 

Alors voilà, je vais vous dire moi ce qui me fout dans une rage folle... Pourquoi je cite ces infos dans les belles saloperies n°3, pourquoi, j'en ai la gerbe réelle.
Après tout, sincèrement, le budget de l'Elysée et même le salaire du gnôme, je m'en fous concrètement, je suis certes assez naïf, mais bon au delà du salaire, et ce sous n'importe quelle présidence, que l'on ne nous raconte pas de conneries, au delà du salaire, il y a toujours eu ce que l'on appelle les "fonds spéciaux", et sans parler de ces derniers sensés disparaître, qu'on ne me fasse pas croire que quelques industriels ou autres ne viennent jamais surenchérir tout cela...
Non ce qui manque vraiment de décence, ce qui est vraiment de la pourriture à haute dose, c'est d'infliger toutes ces infos à l'heure où nous vivons cela :



Rue de la banque, 1er novembre 2007, nous sommes en France.
Alors à l'issue de cet article qui débutait dans l'ironie et la colère, je peux juste dire une chose, c'est que le seul sentiment, la seule émotion qui demeure, c'est l'envie de pleurer, réellement.
Merci la vie, Merci la France, Merci cher Président, pour la transparence et tout le reste, passé ou à venir....
Par David - Publié dans : Sociétal
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Dimanche 4 novembre 2007 7 04 /11 /2007 07:48
Loin d'une haine toute particulière pour madame Benoïte XVI, comme j'aime à la surnommer, loin d'une subjectivité de bas étage, forcément je suis pédé, et forcément j'ai été "attaqué" par les propos inouïs et relativement ravageurs de celle qui se présentait alors à la tribune de l'assemblée nationale une bible à la main, loin de tous propos diffamatoires ou injurieux, tenons-nous en aux faits, madame Boutin, puisqu'il s'agit bien d'elle, est décidément, résolument, une belle c.....
Voici un extrait d'une émission de France 5 dirigée par Paul Amar, censée décrypter l'actualité. Loin d'égaler la feu "Arrêt sur Images" officieusement dégomée de l'antenne pour des raisons plus que douteuses, le nouveau programme d'Amar a le mérite d'être un petit peu, tout petit peu, moins "langue de bois" que le reste des programmations de nos antennes...
Ce jour là était donc invitées mme Benoîte XVI et, ô combien surprise fût-elle, par l'arrogance toute justifiée d'une Florence Aubenas, venue là discuter en toute franchise des mal logés et de la situation plus que catastrophique de notre cher pays, prenant exemple sur la fameuse rue de la banque, puisqu'il en fallait bien une pour ouvrir les yeux citoyens sur toutes les autres de Paris ou de province d'ailleurs...
Quand Mme la ministre refuse le débat avec le DAL (droit au logement), voici ce que cela donne, une belle saloperie forcément... Mouchée notre enfant de coeur élue, mouchée oui, mais rappelons tout de même pour le principe seul du "combat" non achevé, que celui qui s'arroge un droit d'ingérence sur tous les ministères, celui qui "gouverne" notre chère patrie et qui, hier encore, apparaiasait dans un sondage du journal du dimanche comme rééligible si des élections avait lieu demain, Musso-Busho-Sarko, je l'ai nommé, qu'en pense-t-il donc de tout cela, hein ???
La vidéo :
Bon, et puis, il y a quand même l'archi comique (hélas !) de ce qui ne prête vraiment pas à sourire, outre Carole Bouquet aux allures de Cécilia, c'est quand le Gégé national s'en prend publiquement à la dite ministre... Oui, oui, Gégé, on te croit sur parole, et les domaines en Toscane et les connivences plus que rentables avec les mafieux hommes d'affaires algériens ? Allez c'est bien parce que t'es LE comédien number one paraît-il, c'est déjà bien, t'as ouvert ta gueule, j'espère qu'au delà, t'as contribué plus que cela, hein Gégé ?

Par David - Publié dans : Sociétal
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Mercredi 31 octobre 2007 3 31 /10 /2007 19:32
Laurel et Hardy en nettement moins sympathiques, en carrément immondes, allez allons-y dans l'injure publique, j'ai l'habitude...
Laurel et Hardy donc et leur pseudo psycho horror show qui a fait les choux gras de la non moins poubelistique chaîne  si chère à notre nouveau président....
Quand Laurel et Hardy font interdire la diffusion d'un reportage sur les coulisses de la fameuse merde qu'était cette émission multi regardée, on comprend un peu mieux pourquoi...
C'est Stéphane Bern qui va être content ! Et tous les "pédés" (dont je suis je rappelle) qui se demandent bien pourquoi ils n'ont décidément pas regarder plus souvent  Arte ces soirées là...

En même temps, il est vrai qu'il n'y a que la vérité qui compte, alors laissons les protagonistes se défendre si merveilleusement, on vous croit, on vous croit...
Par David - Publié dans : Sociétal
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Mercredi 24 octobre 2007 3 24 /10 /2007 06:56
Marouan a 26 ans.
Quand il est entré dans l'agence où je travaille, le jeune garçon aux joues creusées et aux yeux déjà remplis de larmes ne payait pas de mine. Peut-être que si, freluquet sous ses multiples couches, un pull épais, une veste très ample et sa toute petite tête qui ressortait de là dessous. Il devait alors avoir bien chaud Marouan quand au dehors le soleil offrait encore de belles perspectives...
Je l'ai appelé comme tous ces autres, venant s'inscrire, prêt à lui sortir mon discours d'usage : est-ce votre première inscription à l'ANPE, vous recherchez dans quoi, avez-vous débuté vos démarches de recherche d'emploi, etc... Assis en face de moi, séparés par ce large bureau, j'ai de suite, mais vraiment instantanément "senti" la différence, le petit truc qui ferait que Marouan ne serait pas un nouveau chomeur de plus, un chomeur cimme tous les autres, ceux-là mêmes que l'on inscrit et que la loi nous permet de "laisser tranquilles" durant les trois premiers mois de leur inscription...
Je ne me suis pas trompé. Le CV était parfait, quoique trop parfait, bien ciselé, mais "léger", les périodes de "creux" étaient à peine dissimulées, les sigles laissaient mille questions se poser à moi, Marouan avait un secret, tout comme j'en avais plein moi-même de ma vie personnelle, oui, mais lui allait forcément me les confier...
Ce n'était à vrai dire pas sa première inscription à l'ANPE et, sur son dossier, je pus lire ceci : "vous sortez de prison, vous avez besoin de retrouver du travail sous peine d'y retourner. Vous avez obtenu un CAP et un BEP cuisine lors de votre incarcération". La précédente conseillère qui avait reçu Marouan, 18 mois auparavant, n'avait pas eu de problèmes de conscience a indiqué dans le dossier, visibles par tous (ANPE et ASSEDIC), le "passif" du jeune homme...
Avant toutes questions, toutes ces phrases, je les ai effacées. Je ne voulais pas recevoir le garçon dans l'optique qu'il relise ce qui remplaçait alors la case de ses "compétences professionnelles". Notre entretien serait vierge, vierge de tout.
A ma question, "vous vous inscrivez suite à quoi ?", le jeune homme me répondit "je sors de prison"... Ainsi, il était retourné derrière les barreaux, n'étant pas parvenu, personne ne l'ayant aidé à cela, à retrouver le sésame, l'emploi, le job, condition ultime de sa liberté conditionnelle...
Marouan accepte tout, recherche dans tous les domaines... Mais voilà, il s'appelle Marouan, n'a que 26 ans, le visage émacié et un accent encore très fort de son pays ensoleillé.
Cela fait deux semaines que j'ai reçu le jeune homme en entretien maintenant. Ce dernier a jusqu'au 20 novembre pour retrouver un emploi. Son contrôleur judiciaire formulera sa réintégration en milieu pénitentiaire s'il n'a pas, d'ici  là, retrouver un emploi...
Cela fait deux semaines que j'ai reçu Marouan, qu'au fil de la discussion et de mes propositions, ses larmes ont coulé à torrent sur ses joues brunes. Cela fait deux semaines que je suis "obsédé" par le moyen et les mille façons dont je pourrais venir en secours de ce gosse paumé.
Aujourd'hui, un conseiller de l'emploi ANPE reçoit un demandeur tous les mois, hormis à la suite de son inscription où le dit demandeur est "autonome" durant 3 mois... Je ne pouvais pas laisser Marouan 3 mois seul, sans aide, sans pistes... Non, je ne pouvais pas, et alors que cela ne se fait plus vraiment, que l'ANPE sous traite pour la plupart les "accompagnements personnalisés" à des prestataires privés, j'ai fait le choix d'accompagner Marouan. Toutes les semaines, je m'engageais à le recevoir, à l'aider, à suivre ses démarches. Alors même que je ne connais encore que peu de choses sur le "tissu économique" de la région, sur les différents interlocuteurs utiles à ma profession, je ne pouvais pas, non, je ne pouvais pas, le laisser repartir avec pour seuls outils, une ou deux offres d'emploi trouvées au hasard d'une recherche informatique impersonnelle.
Marouan représente aussi ce pourquoi je ne voulais plus me réinvestir dans cet emploi que je n'apprécie plus. Je n'ai pas le détachement, la distance, non, je n'ai pas les mesures pour me protéger, l'indifférence utile et salvatrice.
Ce matin, j'entame un congé de trois jours...
Ce matin, j'ai pourtant rendez-vous à 9h30 avec Marouan. Nous irons ensemble, lui et moi, dans toutes les agences d'intérim que nous trouverons sur notre route. Je le présenterai, j'en rajouterai cerainement, mais sans la parole du "conseiller de l'emploi", Marouan n'a aucune chance, strictement aucune, sinon d'être reçu, en tout cas d'être inscrit, dans ces agences.
Je n'ai pas le "droit" d'agir ainsi. Je le sais. Je m'en moque. Une collègue à qui je me confiais hier me répondait : "attention, tu vas te casser la gueule"... Oui, probable, mais si, si il existe une chance, une seule, que je trouve un job à ce gamin, qu'importe les moyens détournés empruntés pour cela, une chance, est-ce que je n'aurai pas là, foncièrement, fait ce pour quoi je suis payé ? Non, me dira-t-on, je suis un commercial, et non un assistant social...
Pourtant je "gère" de l'humain et non des numéros d'identifiant... Je gère des gamins comme Marouan qui me font encore penser que la fonction publique et ce métier en particulier a un sens, une valeur, une richesse...
Je ne me serai jamais pardonné d'avoir laissé ce gosse seul, je n'accepterai pas, même en l'aidant pourtant, de le savoir reparti pour une peine à achever de 9 mois encore. A 26 ans, Marouan aura passer presque 3 ans de sa vie en prison, à 26 ans, ces trois années, c'est beaucoup, c'est long, c'est tant... Je ne peux pas...
Et je sais aussi que pour vivre, bouffer, Marouan, même après 9 mois de plus en prison, ira là où il fut interpellé et condamné, là où l'argent est facile lorsque l'on ne s'appelle pas Dupont ou Laguardère (pour faire un peu de provoc).
Alors voilà, je suis un mauvais conseiller de l'emploi ANPE, je le sais, cette attitude n'est pas la bonne, je le sais, elle n'est pas professionnelle et peut-être même ne responsabilise-t-elle pas ce jeune homme en question... Mais voilà, je le sais, et n'ai pas d'autres manières, d'autres solutions à lui apporter...
Marouan et moi nous tutoyons après seulement deux entretiens, je lui ai dis hier : "demain je veux que tu sois rasé et en chemise", il le sera, je n'ai pas de pitié, ni même de compassion pour lui, non, n'allez pas entendre qu'il s'agit de cela, je ne crois seulement pas au système pénitentiaire, je ne crois pas en l'égalité des chances dans ce pays, je ne crois pas en nos institutions, celles-là même pour lesquelles je travaille, non, je ne crois pas...
J'ai 32 ans, à peine plus que Marouan, je suis né blanc et français, mes parents avaient de quoi financer mes études bien après le collège, je n'ai jamais été chomeur de fait, je veux dire, je n'ai jamais subit le chomage, je ne sais même pas ce que c'est...
Si j'ai tort, que j'ai raison, qu'importe, je ne veux pas que ce gosse retourne en taule, je ne veux pas.
Par David - Publié dans : Sociétal
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