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Des amants, cet amour, mon aimant, et je ne sais plus, non, de ce qu'il est, de ce qu'il advient, de moi, de nous. A sans cesse
se figurer persuadé, en tout cas, convaincu, on ne récolte que la peine mal semée, celle qui s'est répandue là dans les ruisseaux assechés des joies qui ne savent plus pleurer, tant elles sont
ternes sans ardeur.
J'ai le malaise du trentenaire qui ne s'est pas reconnu un jour devant le miroir, un jour trop tard où, dire que je n'avais pourtant pas le temps, le temps est venu s'engager dans ma conscience.
J'ai la rigolade de ces années là, qui ne furent pas de rire justement, et des autres demain, qui seront ce qu'elles voudront, pourvu qu'elles tendent à l'idéal, même s'il n'existe pas,
évidemment.
Est-il possible que l'ex-Amour (notons le "A" majuscule", note d'un recul insuffisant ou d'une certitude glorieuse !?), potentiellement devenu l'Ami idéal (grand "A" toujours pour marquer la
symbolique) devienne l'amant (petit "a", le sexe n'est que le sexe...), le confident, que sais-je encore...
Je déconne et j'en étonne, oui me direz-vous, de ceux qui ont assisté à la vie qui part à l'eau, qui se noie, mais pas vraiment, enfin, l'on ne retient toujours que les naufrages, mort ou pas
mort.
Mais restent les fidèles, quelques graines bien semées au sol de mes elucubrations, pérégrinations, j'en passe et des meilleurs, ceux-là qui me connaissent et m'aimeront, je le suppose, toujours
ainsi. Des par ci par là, à travers un hexagone que je ne traverse plus, mais l'héexagone, et les autres formes n'existent plus pour nous distancier, ils sont là, je le sais, cela suffit. Même
s'ils ne font pas le récomfort quotidien, la tendresse j'entend, ils savent l'écoute et l'occasion de dire leurs présences. C'est peu, et tant, ça ne suffit pas tout le temps, évidemment, mais
allons bon, un naufrage et quelques survivants, ça ne fait pas d'eux et moi des déshérités de ces contrées là.
Et puis l'amour, vaille que l'amour, un bien bel endroit derrière le grand mur qui s'épaissit de jour en jour. On dirait que l'ouvrier d'écoeurement cimente et cimente encore chaque faille,
chaque horizon d'air libre, on dirait que je n'ai plus la taille, que la palissade opaque dépasse de loin mon mètre 70 de certitudes ou de volonté.
L'homme est aspirant, à tout souvent, et soupirant, de rien plus globalement. L'ego qui fulmine, il sent sa raison s'entourlouper en passion pour des causes qui ne contenteront que sa sympathie
de lui-même. Un homme, ça ne regarde souvent que les miroirs d'où ne se reflètent que sa propre image, et tant pis si devant lui se trouve l'exception ou l'opposé. J'aurai bien pu me reconnaître
dans mon contraire, remarquez, oui, mais je n'ai pas su.
Trop de similitudes, pour marquer tant de différences, et voilà que les époques de voluptés ont cédé elles-mêmes à la facilité permissieuse de solitude. L'amour charnel ? A quoi bon, la veuve
s'agite au manche et d'une petite mort n'éjacule même plus de plaisir véritable, rien qu'une toute petite délivrance et de l'hygiène quasi alimentaire. Alors, manquant d'apetit réel, je me suis
mis à la diète, comme on se sécurise au portail de l'invaincu solidarité du pauvre.
Est-il possible que l'ex-amour (tenez, plus de grand "A"), qui aurait pu devenir l'Ami, ne soit plus qu'amant de mièvrerie ? Parodier l'amour, simuler le couple, oh oui, voilà ce dont je suis
devenu capable. Mais la parodie tourne au pastiche. Sans "accroche-corps", à quoi bon... Certes il est devenu gentil, plus patient, certes il a compris, encore que, que je ne suis ni objet ni
trophée, mais j'aurai tant voulu lui enseigner, à lui le pédagogue, que l'on ne s'appartient pas, jamais... Alors je vis en couple, refusant le même lit, les frôlements, les gestes tendres du
quotidien, je refuse le corps qui se tend pour un partage commun, d'ailleurs n'est-ce pas le corps seul qui régit là ce refus ? Il ne me fera pas l'amour, il ne me touchera pas, et le temps
passant, mon amour agonisant, lui-même ne saura pas, non, me faire retrouver rien qu'une braise encore rouge. Et si je m'allonge là, comprendra-t-il, puisqu'il lit ces maux, que je ne le ferai
qu'en silence et qu'il viendra visiter une demeure où le décor n'est pas dressé pour sa venue. S'allonger en silence et ne rien sentir, ne rien vouloir ressentir, simplement se taire et attendre
que les "à coups" de petites mortalités viennent vous prolonger ce dégoût de vous-mêmes.
Oui, j'avais besoin d'un toit, d'une aide, d'un ami probablement, et voilà, je n'ai que cela, et demain qui se contrarie sous l'épaisseur de mes recalcitrances.
Et maintenant même que je me suis trompé, des amours au travail, du quotidien aux ambitions minimalistes; maintenant que je fais le tour de tout et que de tout je n'ai plus d'objectifs valables,
certes l'interdit n'est plus, certes le champ des possibles a fleuri, mais non, je ne suis pas plus armé, en habit d'offensive.
Je veux bien être proie ou appât mais ai-je bien compris que ma trentaine de vie m'avait dépassé et que les hommes qui passent (maman...) n'ont plus rien dans leur regard, plus de ces jolies
choses qu'ils disaient autrefois. Je les ai sans doute rejoint, et je n'ai pas vu que j'avais avancé vers eux, que je m'étais intégré à la "caste" de bien beaux qui ne l'ont jamais été pourtant,
mais qui le croient encore.
Si l'on m'interpelle encore, ce ne serait que pour rejouer le scénario d'un séance de cinéma où, cet étranger et moi, ne verrons pas le film de la toile blanche. Une blague de mercenaires qui se
rencontrent sans cesse les jours mêmes où ils se quittent aussi.
IL me manque, mais je ne dis plus. Se taire, c'est un infini, tout est vaste, sans considérations, on ne s'accorde plus qu'à s'occuper, de riens, mais les néants ont des facultés d'errance
pourtant.
IL est un grand "A", le prologue d'un alphabet dont je ne sais pas déjouer les tours, que je ne connais pas par coeur, puisque le coeur n'épelle pas, il nomme, chaloupe à la lettre choisie, à une
syllabe près...
Mais l'on se sent au final bien seul quand même, grand Diable... Le manque d'habitude sûrement, et trop de possibilités pour se perdre que de barrières pour se réfreiner. Si l'impulsivité meurt
de force, celle-là même qui vous a causé déboires et misères, alors subsistent les envies, les oublis, eux là, mes ennemis m'entraînant à la fuite...
Tu m’as demandé souvent s’il n’était pas chez moi, hormis une impulsivité latente, un certain goût pour l’autodestruction. Probablement… Est-ce que je contrôle vraiment tout ? Pas vraiment… C’est ma version à moi de la fatalité, ne rien faire contre les condamnations que l’on perçoit bien avant qu’elles n’assènent leur coup final. Après tout, pourquoi laisser faire le hasard quand il vous prend par surprise, et pourquoi tenter de le vaincre lorsqu’i s’annonce assez précocement pour qu’on puisse l’éviter ?
Je t’ai expliqué, il y a encore très peu de jours, le peu d’intérêt que j’aurais à me battre, là, comme un couillon, seul, même si le chien est là. Pour qui, pourquoi, vers qui et vers quoi ? Ne trouves-tu pas que l’homme et son chien justement font figure de la solitude la plus implacable. Là, ils vont de lieux en lieux, d’hébergements de secours en solutions d’urgence, et puis, le chien, c’est peut-être bien tout ce qu’il me reste, mais pas sûr que je sois vraiment tout ce qui lui suffise.
Tu ne sais pas tout de l’enfance à Cosette, pas tout des épreuves à subir, combattre justement et pas tout des êtres chers déjà perdus en chemin. C’est vrai, neuf mois de vécu amoureux, ce n’était peut-être pas encore une « vraie » vie de couple, même si je voulais le croire, et m’y engager avec rage et convictions.
J’ai aimé une femme, profondément, elle m’a fait un enfant. Je n’avais que vingt ans, comment et elle, dix années de plus, comment pouvais-je lui dire que je serai le père de cet enfant là… je l’ai perdue, l’enfant n’est jamais venu au monde et il me fallut trois ans pour l’oublier. Puis ce fut ma vie homosexuelle qui s’affirma, d’aventures en aventures, des hommes pour le sexe et l’expérience, du sexe pour le plaisir et la jouissance, du sexe pour l’intérêt egocentrique et vénal, du sexe jamais par amour vraiment, rien qu’une adolescence en retard, à 25 ans, rien de plus normal.
Jusqu’à lui, dont tu sais à peu près tout, ma passion, mon amour, et cette soumission assumée, cette aliénation à ses désirs pervers ou malsains, certainement proches de ma véritable nature d’alors. Le sida, en fait, rien, un mot, une vague impression de danger désormais, mais rien, la séropositivité. Et 5 ans d’amour-tendresse avec un gentil garçon, qui me sauvera de tout, de la déchéance matérielle, physique, de la solitude et de cet instinct de survie dont j’ai toujours cruellement manqué. Mais la tendresse en place de l’amour ne suffit pas. Est arrivée une nouvelle aventure, mon premier amant séropositif, comme moi, un coup de foudre, une passion sans lendemain, mais une ouverture sur une nouvelle rage de vivre et de dévorer.
Jusqu’à l’homme d’avant toi, dépasser mes limites pour ce que l’on croit l’amour. Mais lorsque l’on déplace autant, lorsque l’on motive autant d’énergie et de fougue, alors force et de reconnaître que l’on ne se sort jamais vraiment des champs du rêve et de la passion. Ceux-là même qui ne conduisent pas forcément, rarement même au véritable et durable amour. Pour lui, j’ai tout laissé, les amis qui n’ont pas compris, mis devant le fait accomplit, un travail où tout me réussissait, une vie stable, et peut-être même le début d’une réconciliation familiale.
Cela faisait désormais 6 ans que j’étais « malade » sans symptômes réels, et ces mois s’écroulèrent en poussière sous l’agonie d’un corps qui cumula d’un coup les maux en tout genre, et le plus grave probablement (encore que je ne l’ai toujours pas vraiment compris) : le sida en tant que sida, non plus un mot, « séropositivité » mais sida. Un an à me débattre de démonstrations infâmes et inexpliquées de mon corps vacillant, un an à souffrir la fin des rêves, plutôt à réaliser qu’ils n’étaient que rêves, ma première infidélité, avec le premier venu, celui qui ne me voyait pas « malade », ma première déraison devrai-je dire, la fin de deux années de folie, deux années dont je ne renie pourtant rien, si ce n’est l’issue pathétique.
Et puis toi, venu de nulle part, beaucoup de points communs, supposés du moins. Des discussions virtuelles, des intérêts partagés, et l’envie au bout du compte de se rencontrer, vraiment, le radis et la carotte comme ils se le disaient à l’époque. Un intérêt pour ta personne plus que confirmé, et comme j’ai coutume de le pratiquer, sans langue de bois, l’aveu de mes sentiments ambigus, assez solides en tout cas pour qu’ils ne demeurent pas silencieux ou muets. Tu ne l’as pas cru, tu t’es laissé séduire, puis embarqué, et voilà, l’histoire débutait, je quittais à nouveau tout, amis, nouvel environnement social et surtout, sécurité matérielle. Qu’importe, tu étais le seul, je ne voyais dès lors que toi.
Je savais que l’histoire ne serait pas aisée, que la carapace à fendre ne serait pas chose facile, mais il n’était pas là de passion, tu me l’interdisais dès le départ (première rupture), il ne fallait aucune hésitation (seconde rupture) et surtout, il faudrait être patient, rigoureux, vivant et adulte. La vie quoi ! Peut-être ma première expérience de vie commune finalement. J’entends par là, le quotidien immédiat et engagé de façon assez réussi me semble-t-il. Il n’y eu guère que la santé qui venait contrarier nos journées tranquilles, et mon indocilité financière, cette sorte d’immaturité encore qu’il me faudrait peu à peu acquérir. Je ne m’en suis pas laissé le temps.
Tu m’en voudras sûrement mais je ne sais de l’un ou de l’autre qui a réellement quitté l’autre. Est-ce moi qui, lors d’un évènement tragique et brutal ai réagit sous le coup d’une pulsion qui nous conduirait au chaos deux mois plus tard, ou est-ce toi qui ne t’es pas le moins du monde battu pour me retenir, pire, qui m’a laissé partir en me laissant croire que le temps pourrait peut-être nous sauver, alors même que le soir même tu retirais ces mots là et m’ôtais tout espoir.
Voilà, je voulais écrire sur un tout autre sujet et je viens de résumer encore une fois cette histoire, ma version de l’histoire…
Vivre, mon amour, j’en suis apte, je l’ai prouvé, j’ai perdu la seule femme que j’aimais, j’ai vaincu bien plus que tu ne l’imagines et je vis encore avec des démons dont tu ne supposes même pas la dureté et l’horreur. Vivre, malade ou non, que m’importe. Vivre, salarié ou chômeur, que m’importe. Vivre, seul, pour rien ni personne, alors non, cela, oui cela m’importe trop. Tous les combats sont possibles, toutes les chances et opportunités sont imaginables, tant que l’on vit pour un regard, un autre, des autres. L’un qui vous aime, les autres qui vous soutiennent, vous écoutent et sont là, oui, les regards, les présences, je ne me nourris que de cela. Et sans ces derniers, alors tout ne se nomme que survie, combat de trop, et je ne suis pas animal, je ne suis pas instinctif, je ne sais pas faire. La jungle m’effraie.
Alors, je ne suis pas autodestructeur, je ne suis pas suicidaire, admets qu’il ya longtemps que cela serait fait sinon !, mais, vivre, être vivant, battant, pour toi et tous ceux qui ne sont plus là, on est dans une énième utopie que je n’ai pas envie de bâtir. Tu m’as fait grandir, quoique tu penses, je ne crois plus en l’impensable, irréalisable. Je me moque un peu de tout cela, franchement peu m’importe. Chaque jour de plus et un jour évidemment sans toi, mais aussi un jour où tu pimentes de phrases souvent innocentes, je veux bien le croire, ton indifférence à mon égard. Le pire à me donner en fait ! Mais je ne t’en ferai nul reproche, l’amitié n’est-elle pas trop précoce, pire, une utopie peut-être…
Je passe alternativement des phases de profonde tristesse, crises de larmes ou de nerfs et j’en passe, à des phases de lassitude et de fatalité quasi léthargiques. Je ne comprends plus vraiment bien cet état là. Tu me sembles une « cible » bien trop hermétique pour moi, et je crois que de toute ma vie, c’est l’unique fois où je baisse lentement les bras, avec comme horrible sensation ajoutée, l’idée que tu vas disparaître de mes alentours, comment je ne le sais pas, mais voilà, et hop les pleurs, j’ai si peur d’oublier un jour ton visage…
L’oubli, c’est peut-être la pire des ruptures. L’oubli, c’est sûrement une mort dont on ne dit jamais le nom et qui gangrène les lendemains des amants qui n’y croient plus. L’oubli.
Je ne sais pas, est-ce un abandon total des armes, une façon plus ou moins tacite de ne plus considérer le « combat », même si rappelons que l’amour n’en est pas un, mais voilà, rien n’est plus vraiment à l’identique. Lassitude ou simple évidence de qui ne veut plus souffrir, car ce n’est que cela, de la souffrance, malgré la force, la volonté et la vigueur. On ne force pas l’autre à vous aimer, non, on ne le force pas, l’amour est là ou ne l’est pas.
Mais, si l’amour n’est déjà plus là, moins d’un mois après mon départ, alors, je ne peux que réaliser qu’il ne fut jamais entre lui et moi.
Je n’étais que la cerise sur le gâteau, et la question est : qu’était le gâteau ? Lui et sa vie solitaire avant moi, ou l’homme d’avant, jamais vraiment oublié ?
Je suis une boulette, un hypocondriaque, si je l’écoutais. Je suis immature, je suis impulsif, je suis égocentrique, je cultive une somme de défauts, et je tente par tous les moyens de me souvenir un compliment, je n’y parviens pas.
J’ai pleuré cette nuit. A plusieurs reprises. Que l’amour soit parti, déjà ?, si tôt ? « Comme l’on a envie de ranger le beurre et qu’on le met au frigo », « fini les tartines », les comparaisons ou métaphores ont blessé, durement, âprement, c’est mon orgueil qui parle bien sûr, mais l’incompréhension surtout et la remise en cause de plusieurs mois à s’être cru en amour. L’amour, le vrai, je suppose, ne s’évapore pas ainsi, d’un coup, sur la simple volonté de l’homme quitté qui souhaite s’en sortir et se protéger. Alors s’il ment, ou se cache la vérité, peut-être, mais il n’empêche que les mots sont amers et bien élus, objectivement utilisés pour atteindre, là, mes points sensibles, mes failles…
Vraiment, première grande tristesse, et première sensation de perte, de désaveu, de non-existence, non-considération.
Je conserve quelques convictions, il parviendra toutefois à les élimer peu à peu, il sait tout, a très bien discerné mes faiblesses, et ne fera qu’une bouchée de pain de moi. Pourquoi ? Je ne sais pas. Vengeance ? Je l’en croyais dépourvu. Rancœur ? Oui, mais pourquoi ne pas l’admettre…
Et, avec ces espoirs en moins, je me fous en l’air. Et sans espoirs, je me conduis mal.
Aucun reproche, même pas de la colère, juste de la tristesse, de n’avoir plus le même interlocuteur, plus l’être aimé d’il y a peu, et même pas l’ami d’avant tout cela, qu’est-il devenu, qu’a-t-il fait de moi… Pleurer.
Lui va bien, le revendique, la prochaine rencontre proposée est vaine, Vanessa Paradis à Nîmes également, je le suppose. Et j’attends, oui j’attends, le jour du silence, des sans nouvelles, de l’adieu qui ne dit pas mais qui y ressemble dans tous les contours du vide imposé. Incompréhension. Pleurer.
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