Que m'arrive-t-il donc, je n'avais alors jamais vécu cela, étrange mélange de sérénité et d"engouement, mêlés de confusion et
de dcoueur. On dira là qu'il n'est que du positif donc. Certes, c'en est, oui, réellement, et pourtant, ne pas comprendre, se reconnaître, "maîtriser", c'est bien le mot, tout ceci manque à cette
propre vision que j'avais et ai toujours eu de moi.
Tu es là, je te regarde avec un amour fou, une tendresse quasi fusionnelle, ce qui ne veut pas forcément dire réciproque, quoique je le pense comme tel, et pourtant, notre immobilisme, non, nos
pudeurs ou respects mutuels empêchent toute communication aux corps, les mots sont eux aussi vaincus par le doux enrobage qui nous caresse. Je suis heureux, si calme, apaisé en sorte, et je
n'attends pas, comme j'ai toujours patienté, une finalité, je ne recherche pas, ni but, ni quête, qui ne soient être ensemble et profiter là, des ces instants. Ils seront évidemment trop courts,
ils ont noués en quelques heures un lien incomparable, qui probablement souffrira d'un certain manque, mais enfin, j'ai la sensation de pouvoir enfin survivre...
Des résidus de notre amour ? Certainement, je ne nierai pas qu'ils viennent ici fausser la donne. Il subsiste quelque chose, que je peux m'avancer à supposer commun, mais non, cela ne fait pas
tout. Entre ta volonté farouche d'écarter toute attitude compromettante et mon constat d'échec face à ma vie "matérielle" (qui me séparera indéniablement de toi), il y a cette distance intime et
lucide qui nous retient encore. Saurons-nous la préserver, toi tu pourras, très certainement, tu en as soit l'expérience, soit la certitude pendue à ton regard. Moi, j'ignore tout des minutes qui
s'amusent de nos deux sorts réunis une nouvelle fois sous ce toit jusqu'ici inconnu.
Je ne vais pas m'acharner à prétendre que je suis le même, oh ça non, j'ai réellement changé, encore que cette vérité ne veuille ni dire "grandir", même pas "mûrir". Et si j'ai changé, ce n'est
que d'avoir assimilé des notions et non des vérités. La patience, la tempérence et peut-être un respect de l'autre plus avéré, oui, des notions, des bases à solidifier. Toutes viennent ici
contredire ma nature impulsive, une certaine insouciance impudique et un ego qui, trop souvent, nie les raisons d'autrui. Je ne suis qu'au début de tout cela, irai-je d'ailleurs plus loin, rien
ne peut me l'attester, je n'ai que des révélations devant toi, là, tout au long de ce séjour si doux.
J'ai voulu te faire l'amour, soulevé ta chemise pour y glisser mes mains et remonter celle-ci afin que ma langue goûte à nouveau au sel de ta peau. Tu n'as que peu résisté, mais tout de même,
avec une certaine douleur mélancolique. Je n'ai pas été véxé, je n'ai pas ressenti de contradictions, j'ai juste vu, entendu, compris. Et ce désir de toi s'est naturellement apaisé, devant ta
fragilité avouée, à ne pas aller plus loin.
Je dors dans la chambre d'amis, cette pièce qu'une fine paroi sépare de la chambre où nous dormions il y a peu. Combien de fois ne me suis-je pas dit avant de m'endormir "vas-y, rejoins le", et
probablement (non point de l'orgueil, juste une sensation) ne m'aurais-tu pas repoussé, mais je suis resté ici, ni en peine, ni vaincu, le sommeil m'a dérobé à ces pensées suspectes et la matinée
du lendemain fut douce à nos regards.
Alors oui, je me demande bien ce qu'il m'arrive. J'éprouve une fierté indéniable, l'orgueil cette fois, de vaincre ainsi mon insolence immature, une joie presque à découvrir, avec toi, les
possibilités d'un autre champ. Un rapport qui ne se veut pas une amitié que nous n'avons pas suffisamment éprouvée, un amour qui, aujourd'hui, ne peut que se suspendre même si rien ne le défini
comme mort ou résistant, des rapports qui ne ressemblent en rien à ce que j'aurais pu vivre avant.
Je mentirai à clâmer que mon amour est mort. Je mentirai encore à dire que la peine est révolue et que la colère est éteinte. Il reste de ces sentiments seconds au deuil indispensable, oui, mais
sans conséquence, sans agissements qui ne nous atteignent, toi en particulier, avec trop de virulence. Evidemment que l'amour est là, qu'il le sera même toujours, et c'est très bien ainsi. Je ne
crois plus en ces portes que tu prétends closes, je ne crois plus en ces portes que je me rassurais de savoir toujours béantes. Non, je ne crois qu'au cours des choses qui, ma foi, n'est jamais
"droit" et tracé impéccablement. Notre précédente rencontre fut douloureuse en bien des points, le séjour actuel est un délice, alors même que je ne voulais plus vraiment revenir à toi, préférant
la souffrance d'un abandon réel que de nouveaux risques à me déchirer de ton indifférence. Tout peut arriver, rien ne peut arriver, je ne sais rien, et la fatalité ton amie m'emporte donc en
cette conviction.
Ni amants, ni amours, ni amis, voilà que tu me donnes une tendresse que tu n'auras jamais autrefois, aussi naturellement offerte, et une complicité, un intérêt visiblement sincères. Alors
serai-je vraiment le seul à avoir changé ?
J'ai tellement voulu croire que tu ne m'avais jamais aimé, qu'un homme tel que toi ne pouvait s'enticher d'un homme tel que moi, que la solitude m'a prouvé à quel point je n'étais pas le seul à
souffrir et donc, à avoir aimé. J'ai tellement voulu croire que tu ne serais pas la personne la plus "adaptée" pour affronter avec moi les coups de la maladie, que la solitude m'a prouvé combien,
seul, je vascillais aisément dans cette auto-destruction permanente et enfantine. J'ai tellement voulu croire que je n'aurai jamais la place qu'IL avait, que la solitude m'a prouvé que j'en avais
trouvé une autre, aussi valorisante, auprès de toi. Il n'est qu'après, encore que je ne situe pas l'après, il n'est que désormais que je réalise. Dommage dirons-nous, non, puisque l'essentiel
était de comprendre justement.
Mais m'accuser n'est plus ce que je sais faire de mieux, ce n'est que de l'ego déplacé encore. M'accuser est vain. La maladie, l'argent, que sais-je d'autres, nous auraient finalement séparés, en
l'état alors des choses. Je ne cultive pas le regret à outrance. Je regarde devant, difficilement certes, je ne mens pas, mais je n'ai pas baissé le regard vois-tu...
Tout se reconstruit sans toi, et je crois comprendre que c'est ce que tu désirais.
Ainsi, rien ne s'est refermé. Ne pas nourrir d'espoirs, ne pas non plus combattre ses sentiments ou émotions. Tu as souvent prescrit à ma vie qu'elle se devait de retrouver des repères, peut-être
se soigner, et elle s'est engagée à le faire, lentement, si lentement. C'est ce temps là, celui de la guérison, encore que l'on ne guérisse jamais vraiment, tout juste apprenons-nous, ce temps
qui risque de nous défaire, ou au contraire de nous consolider, malgré le manque et l'attente.
J'ai voulu jusque là penser que nous nous retrouverions forcément. Je le pense encore. Mais il n'y a plus dans cette idée de certitudes toutes faites ou de but à atteindre.
Les seules craintes qui résistent à ce beau discours résident dans ces pensées qui te sont quotidiennement dédiées, comment vas-tu, prends-tu soin de toi, etc... Et, forcément, l'inévitable
question d'un amour qui viendrait faire chavirer l'un de nous vers une berge opposée. Nous ne pourrions rien contre, nous ne ferions rien à l'encontre, mais nous en souffririons certainement.
J'aime à le penser, avec cette boule au ventre qui fait que la supposition est cruelle.
J'ai fêté, voilà 4 jours maintenant mes 33 ans, avec toi, toi seul que je pensais pouvoir me protéger d'un jour nauséabond. Et ce fut un anniversaire paisible, ta seule présence suffisait, tes
silences aussi, et les regards qui ne mentent jamais.
Voilà donc mon cheminement, un constat d'étape, et je suis bien, juste bien, ce n'est pas si courant !
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