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Texte Libre

Mercredi 18 juin 2008

De la volonté aux possibilités, il est un champ que je discerne mal, beaucoup d’utopie dans les imageries du « quand on veut on peut » et bien des lâchetés personnelles à se persuader que la facilité est l’une des voies de « possibilité » justement.

Tiraillé entre la reprise en main d’une condition sociale et professionnelle « saine », j’en ai occulté d’autant les vertus sentimentales, les attaches indispensables au cœur, et donc à l’âme, celles qui, au-delà de tout et du reste, contribuent aussi, et non à moindre effet, au confort et à l’équilibre de vie.

Déshérité soudain d’un amour incommensurable, je me suis noyé dans le travail, les activités à outrance, réalisant même que je pouvais avoir de l’ambition et mettre des actions en œuvre pour l’atteindre. Le travail a valeur sociale évidemment, mais au-delà, par-dessus, il a pouvoir de guérison, en tout cas d’abstraction ou d’oubli, même momentané. Travailler, plus que raison probablement, c’était, de suite et dans l’urgence, la solution idéale aux maux du cœur. Et j’ai ainsi engrangé des responsabilités, des possibilités, des vœux futurs, sur un court terme qui, ce jour, vient de parvenir à son échéance et quel terme ! Une bien belle confusion tragique telle que je ne la soupçonnais pas.

J’ai pêché d’orgueil à nouveau, à défaut de m’être laissé envoûter par mon impulsivité habituelle. Méthodique et résolu, j’ai suivi les conseils de l’être perdu, mais resté indispensable, à savoir, consolider mon existence, mes repères, vaincre certains démons, ne pas en appeler d’autres à une conscience déjà bien défaillantes. Oui, l’ordonnance du docteur de l’amour volatilisé promettait de belles espérances si je n’avais pas agit avec une dévotion que je n’avais jamais jusqu’alors maîtrisée.

Au jeu du travail et du semblant de responsabilités que l’on suppose détenir, au jeu de l’avenir à évoluer qui vous ensorcèle pour des motifs bien secondaires ma foi, on se laisse prendre, arracher au poids de l’instant qui lui, stagne et crée les impasses parfois.

Alors, j’ai « gagné », oui gagné le lot misé et tiré par des efforts déployés rapidement. Une nouvelle vie, en tout cas une alternative se présente, longtemps, mais vaguement, espérée, une voie professionnelle légèrement différente. Autrefois une ambition réelle, ce n’est plus aujourd’hui qu’une « solution », un écart entre la fonction actuelle et celle proposée. Pour cela, il me faut recommencer, encore, ailleurs, autrement.

Et pour ce faire, l’ironie me joue une bien piètre comédie. L’ironie a remporté le « package bonhomme en errance ».

Certes, je n’espère plus rien de lui, si loin là-bas. En tout cas, si espoir il demeure, celui-ci est tempéré, ne s’est pas donné d’exigence et d’échéance. Je ne souffre donc plus, au contraire, j’oserai même prétendre à une certaine quiétude, et pour la première fois de ma vie avec lui, désormais que cette vie commune est déliée (ironie encore), je nous sais sur la même initiative, sur une pensée à peu de chose près similaire.

Aurait-il fallu se battre d’avantage, une reconquête que je savais vaine et périlleuse, ou fallait-il tout brûler, arracher et déchirer, qu’il ne reste rien que moi avec moi, sans lui définitivement ? Ni l’une ni l’autre de ces routes ne convenaient à la force du lien subsistant, ni l’une ni l’autre ne préserveraient un respect et des envies encore réciproques. Alors je me suis plié à son exigence d’abord, puis j’ai adopté cette façon de me laisser apprivoiser. Je l’aime, il m’aime, nous ne vivons pas ce sentiment, nous ne savons qu’en faire, ne voulons pas en décider, mais nous respectons et tenons, pour le moment en tout cas, à un lien au minimum régulier et sincère.

La volonté ne paie pas de prime à la joie ou au bonheur, ou alors, je n’en ai pas encore bénéficié !

Certainement vaniteux, peut-être me suis-je trop dévoué à « eux » les êtres aimés, donnant tout, absolument tout, oubliant certainement les considérations matérielles, car l’égo lui est toujours resté concentré sur l’imparable besoin d’être aimé, mais j’ai omis d’être, dans un cadre social et structuré, de m’investir et me repérer à des consolidations avérées.

Et, pour une fois où je m’engageais sur ce chemin du « moi pour moi », au départ à reculons je l’admets, voilà que les résultats, la concrétisation, sont si ironiques qu’ils me font rire de larmes amères. Pleurer, oui, parce que tout cela n’a pas de sens, ou bien trop justement, même si je me refuse de croire encore à la destinée toute tracée.

Je présumais de forces donc. Je m’inventais un détachement, une distinction facile entre le pensable et le réalisable, une projection prétentieuse de mes réelles aptitudes, et psychologiques et physiques.

Je vais aller là où l’on m’attend, où j’ai demandé à aller. Je vais aller là où la volonté comblée n’offre pas d’issues aux possibilités de réalisation. Je me fais nouveau marchand de leurres et proie volontaire. Je me fais objet conscient et assumé, je me fais instrument de dépendance et de soumission partielle.

Mais j’ai peur, des envies de vomir la chair que je ne m’imagine même plus frôler, des nausées à l’orée d’un quotidien à feindre, pour une durée que je sais, de surcroît, potentiellement longue et pénible.

Alors, oui, l’impulsivité de tout instant et de tout domaine me galvanise à nouveau, des envies de tout et n’importe quoi, de fuite comme souvent, de désaccord encore, et d’irréparable probablement.

A cette question de la stabilité sociale aux dépends de la dignité, je ne sais quelle sera ma préférence, mon choix, ma volonté. Etre seul n’engage que moi, pauvre constat de traitre et de lâche, mais si seulement j’avais été deux sur ce coup là.

Ironie, le malheur de l’un fera toujours le bonheur de l’autre. Mais combien puis-je endurer ou supporter, pour ne pas dire souffrir.

La seule « fierté » éprouvée, et encore, ce n’est que justice, c’est de n’avoir pas menti cette fois, d’avoir été clair et vrai. Même si dire fut cette fois une horreur à arracher de mes sentiments, de mon affection, je ne parle même plus d’amour, par pudeur, mais non, je n’ai pas tu ou caché, tout a été exprimé, hélas ou heureusement.

J’ai peur. Et je n’ai pas la réponse.

Par David - Publié dans : Juste L'Ego
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