Je voudrais qu'ils soient regrets, mais ne demeurent que quelques miettes de mélancolie, celles-là qui font qu'effectivement
manque ou tristesse altèrent de tous petits milimètres la distance entre toi et moi désormais. Regretter ne me servirait à rien, non, pas plus à ma détresse qu'à mes espoirs d'ailleurs, les
regrets sont vains. La formule est connue, mais ce qui est fait n'est plus à refaire...
Nul ne pleurera plus, cette fois, à la croisée des "au revoir", car chacun savons qu'il n'est que cela, des promesses, certes incertaines mais lucides, de lendemains dont nous ignorons tout.
L'adieu n'existe ainsi pas, et sans complaisance, on ne tournera même plus la tête en arrière pour constater que la pas de l'autre n'emboîte plus le nôtre. Voilà, je n'ai pas mal, non, pas
vraiment, tout n'est qu'au dessus de tout "ça", de nous, des autres qui ne nous voient plus (et ils auront raison), de quelques uns qui inventent encore pour nous (et ceux-là n'auront pas tort
non plus), non, je n'ai pas mal.
Par où je m'en vais, il n'y a de la place pour qu'un, je crois. Hypothèse car la destination n'est pas définie, tout comme la place à occuper. Tu n'y seras pas, je ne rechercherai pas, pas là en
tout cas, je sais où tu restes, là, sans moi, peut-être avec un je ne sais qui, mais tu seras là. Que te souhaiter de mieux, de moins, que "lui" ? Je ne saurai dire en vérité. Ta solitude
m'effraie. Elle me tétanise depuis les tous débuts, la génèse qui ne prétendait encore rien des suites que nous lui avons données. Cette manière à toi de ne pas souffrir, en apparence je crois,
du calme et de l'absence.
Mon dernier jour avec toi, pour cette fois, et combien de fois encore ? Je ne calcule même plus. Je ne prévois rien. Je n'ai pas de date à te donner et je te quitte, pour la première fois, sans
réelles retrouvailles certifiées. Un concert ? Peut-être, et alors ? L'histoire d'une journée ou peut-être plus, qui sait... Je ne sais rien que ce tu m'as, à juste titre, interdit de penser,
d'espérer...
J'ai moi-même parcouru un chemin où les idéaux n'étaient plus à supposer, où les rêves se devaient de n'être que paillettes pour embellir, et surtout, surtout, où la vie serait à consolider, pour
ne pas dire "construire". J'ai fait du chemin, un tout petit bout de chemin, vers des alternatives telles que la gentillesse ou une certaine forme de générosité. Mais ne m'ont pas quitté encore
l'ego déplacé, l'impudeur des pulsions enfantines, les vérités non soignées... De tous petits progrès, et je sais, j'ai compris, que tu n'espérais que cela de moi, que cela pour moi. Tu m'aimais
bien mieux que moi ! Il n'était pas d'amour le plus fort, le meilleur, non, j'ai tort. Il n'était que des amours différentes, des façons de se considérer, des manières de se regarder.
Fallait-il d'une amitié avérée, sincère et plausible pour que tout renaîsse, pour que tout se comprenne enfin et s'enracine sur des fondations bien plus solides ? Je ne sais pas, ne le crois pas.
Il manquait peut-être de douleur, de cette douleur là qui fait que devant l'imparable, on résiste et combat, en redorant son blason et la bâtisse que l'on choisit ou non de reconstruire
commune.
Comme je l'ai déjà dit le champ des possibles est immense, la liberté de l'impossible aussi, et s'engage dans ce constat nos libertés.
Je ne peux m'empêcher des amertumes aux berceaux des yeux. Quelques larmes que je vais cacher, à penser déjà l'avenir, mon avenir, celui que je sais, probablement inévitable, en tout cas, seul
accès possible pour l'immédiat.
"Il" ne changera rien en mes sentiments. "Il" n'est qu'un vieil homme aujourd'hui, plus apaisé, quoiqu'il représente comme danger encore. Je ne suis plus un enfant cependant, et ce que je peux
donner de mon corps n'est pas de nature à le blasphémer encore. "Il" n'est qu'un rien qui ne m'obsède en tout cas plus, le cas est résolu, je n'avais rien à venger ou pardonner, son sort était
joué, il est à cette place que je ne lui envie pas, celle des hommes de la marge qui, un beau jour, se retrouve dans la pénombre, sans personne. Je ne serai donc qu'un objet, et je n'en ai cure,
mon corps ne gémit pas lorsqu'il n'aime pas. Et je sais n'être qu'un corps.
"Lui" est probablement plus "dangereux" en ce sens qu'il n'est pas innocent de tout. Et, à choisir, il est vrai que "lui" me ferait plus peur. Mais enfin, un homme qui m'aurait menacé, qui ne
t'aurait pas respecté, et, soyons honnêtes, que j'ai quitté pour toi, comment se pourrait-il que cet homme là ressurgisse d'un passé dégoulinant de certaines vilénies. Je ne l'aime pas, il ne
m'aime pas, car, j'en ai compris le sens, ce qu'il adule, c'est aimer posséder, détester perdre. Et si je ne sous estime pas sa virulence et ses égards envieux, "lui", ne saura pas détourner ma
volonté de retrouver une certaine dignité. Pour "lui" encore, je dirai d'ailleurs pour moi, je ne saurai être qu'un corps.
J'ai peur, évidemment, qu'ils me fassent mal, que je ne mesure pas assez les risques et que surgissent en moi, sinon la haine, en tout cas le mépris, que nous savons stériles de tout. Et, si j'ai
peur encore, ce n'est pas tant de moi, mais plus certainement de toi, des réactions engendrées par mes choix que je te sais avoir compris compliqués, pour ne pas dire "en impasse"...
Qu'"il" ou "lui" ne modifient rien, je voudrais te le supplier, sans droits pour cela. Mais s'il te reste l'espoir, non, au moins l'estime de moi, dis-toi alors, que ce ne sont que des "moyens
de" et non des "issues à"...
Il fallait que je retrouve la combativité pour le corps, et l'ambition pour la carrière, c'est ce que tu voulais. Je crois même ne pas me tromper en disant que si tu ne m'as jamais demandé de
rester ou de revenir, ce n'était que pour cela, que pour moi. Tu m'aimais. Tu voulais que je réalise là où je ne le faisais pas, ou mal, des choses utiles et efficaces, pérennes et solides. Je me
suis engagé, hasardeux sur cette voie, et tu auras eu raison. Il me faut la stature sociale, il me faut la force physique, alors je ne saurai revenir, là, immédiatement, sans que je ne sois
devenu plus fort, peut-être "meilleur". Et admets que le chemin engagé me réussit pour le moment...
Oublions les ces deux hommes là, veux-tu, même s'il m'est plus facile de me le convaincre que te l'imposer. En tout cas, ne crois pas d'eux ce qu'il ne seront jamais. Et je ne dis pas pour cela
que tu "es" ou "seras" puisqu'encore une fois, je ne sais rien de "nous", lui même entre parenthèses. Je dis que j'ai besoin de ton estime au moins équivalente, sinon grandissante. Je dis que tes
avis ont valeur de progression et que ta tendresse a couleur de réalisme, peut-être d'optimisme. Ne me quitte pas, en ces sens là, seulement en ceux-là.
Pour le reste, nous sommes libres, je reconduis mon propos. Je m'avoue enchaîné de toi, sans honte non plus, j'avoue vouloir le rester longtemps, mais j'admets aussi que je ne sais rien de
demain. Je n'ai pas confiance en une quelquonque fidélité de toi, non pas que tu sois homme à trahir, mais bien d'avantage parce que l'incertitude des horizons m'empêche clairement de prétendre
avec vanité.
Si tu conserves alors l'idée de ma présence, de mon existence, alors rien, je dis rien, ne brisera le "lien" quel qu'il soit. Tu sais mon orgueil et mes entêtements, je ne serai jamais l'objet
soumis ou asservit de qui que ce soit, même plus de toi, c'est dire
Je m'en vais demain. Je n'ai pas peur. Je ne suis pas triste. Ou alors, d'une tristesse qui ne va pas se liquider en place publique. Je m'en vais demain, mais demain est aussi un jour où nos
voix, nos mots, que sais-je d'autres sauront longtemps se dire que nous sommes là, pas si loin que cela.
Je t'aime. Ne pas le dire, l'assumer serait bien pire. Il en est ainsi des histoires qui, j'ai envie de le croire, en s'échouant sur les rochers aiguisés, ne se brisent ni n'éclatent en mille
morceaux de pourrière éparpillée. Il reste ces réalités de nous, il reste, une substance, de l'inqualifiable mais du véritable.
Je t'aime, tu le sais bien va. Et je sais aussi ta réponse à ce qui n'est plus là, une question.
A bientôt.
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