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Texte Libre

Dimanche 18 mai 2008

Alors oui, l’on sait, l’on comprend, alors oui, le jour où l’appel tant attendu, de LA personne ne retentit pas, alors oui, ce jour là, l’on prend de fait la vérité, ce qui sera maintenant la réalité. Alors oui, lorsque, sorti du plus petit sentiment amoureux, l’on s’accroche encore et tout de même à un soupçon de compassion, à cette « fameuse » amitié sensée renaître des cendres, même si les braises sont encore vivres, même si le feu est à peine éteint, même si la flamme s’essouffle seulement, alors oui, dans le silence qui vous assomme l’on comprend. Alors oui, quand sorti d’un « tout », on s’efforce de ne pas transformer l’essai en « rien », lorsque des promesses ne sont pas établies mais que les regards semblaient les avoir celées, lorsque malgré tout cela et ces fausses illusions, on traverse les couloirs en blouse du bleu urgences, seul, hagard, puis, l’on prend la route d’un chez soi où même son nom n’est même pas inscrit sur la boîte aux lettres, quand on n’a pas su qui joindre au beau milieu de cette nuit là, la bouche séchée de sang, les mains qui tremblent des effets encore maudits du « déchocage…  Alors oui, l’on sait, après un texto lancé dans la nuit muette. Alors oui, l’on sait le lendemain plus noir et sourd, alors oui, l’on sait toute cette journée de rétablissement durant, alors oui, l’on sait, tout ce qui était, ou que l’on croyait être, l’on sait les lendemains et ce que l’on se figuraient d’eux pour soi, pour nous, un nous de pacotille depuis la genèse, l’on sait que LA personne n’est plus qu’une personne, parmi les autres, qu’hier, on usait probablement seul des majuscules pour la nommer, que demain l’on inventait sûrement seul les majuscules pour décorer des restes des l’aigreur que l’on a évité  des symboles de ces amitiés impossibles. L’on sait dans la solitude, ce silence extrême, l’on sait que l’on ne compte plus sur dix doigts, que l’on ne calcule plus sur une main, et que n’est pas tendue à sa paume, l’autre poigne qui devait vous relever…

Alors oui, l’on sait qu’hier n’était pas vraiment ce que l’on supposait. Peut-être qu’on réalise que l’on a effectivement bien agit, en inventant l’hier justement. On balaye d’un coup le présent, car là, l’instant, si constitué de rien, n’indique plus que la voie de l’oubli et de l’insensé. Et l’on sait, l’on pleure, que « demain » n’appartient plus même au vocabulaire des maux que l’on invente pour dire des amours différentes.

Alors oui, l’on sait. Et l’on ne prend même pas soi-même le combiné, l’on ne désire pas entendre la voix, l’on se convainc que cela ne sert plus à rien, l’on s’allonge car l’on doit récupérer de sa propre lassitude physique d’abord, et que le reste viendra bien assez tôt.

Alors oui, l’on sait. On ne pleure pas vraiment. On ne comprend que l’évidence. On reprend le dessus sur les dessous du fléau qui est venu anéantir les derniers espoirs, on maudit l’espoir, tiens justement ! Et l’on dort enfin, mal, énervé ou embrouillé de marasmes qui ne veulent, derniers résistants, pas encore réaliser.

L’on sait, l’on comprend. L’amour n’a pas été, n’est pas, ne pourra donc plus être. On regrette. On ne peut que comprendre, c’est idiot, on est en tort, le seul fautif, et l’on n’éprouve nulle révolte. On aura bientôt 33 ans, et l’on s’endormira en achevant une année de plus, comme l’on déambule dans les couloirs des hôpitaux, seul. Parce que l’on sait maintenant, parce que l’on a compris.

Par David - Publié dans : L'ego aime
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