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Texte Libre

Mercredi 14 mai 2008
Ecrire, encore écrire... Une solitude soudaine au sein de mon quotidien, un calme inattendu me ramène à l'exercice et, pourtant, le temps me manque... L'afflût d'inspiration, le brouillis des idées, la multitudes des envies à évoquer, bref, je ne trouve pas les biais, les parades pour exprimer en toute justesse les émotions du moment. Et puis l'excitation, là, mon grand défaut, les pulsions, les impulsions qui gisent de nulle part et qui veulent toutes être entendues en même temps et au même volume...
Joie, sérénité et apaisement, voilà le premier constat "résumé".
Mes nuits sont désastreuses, mes journées mobilisées à un travail sous lequel je croule et qui, finalement, a repris le dessus sur tout, sorte de "protection" contre tout le reste, et donc, les mauvaises pensées, et le stress qui s'enchaîne, le vide de tout ce que l'on ne veut pas communiquer ou penser...
Mais toujours cette foutue tendresse, le manque cruel du moment, un bisous, une oeillade, une carresse, un mot doux, une gentillesse, n'allons pas jusqu'au compliment, mais bon : "David, t'es là, on te voit, on t'aime"... C'est fichu pourri de vivre seul, de ne plus avoir le compagnon des habitudes, la notion effective de vie de couple, même quand celle-ci finalement n'est pas parfaite...
On ne m'a souvent décoré de grandes démonstrations de tendresse et je dois dire que j'ai du galérer avant de ne l'apprivoiser moi-même pour pouvoir finalement la rendre. Mais je ne sais pas, une fois tenté et complice de la belle, l'addiction paraît certaine, à ne pouvoir s'en défaire...
Et je voulais parler hier soir, je me faisais cette réflexion toute illogique et saugrenue lorsque je fais un tour sur mon passé, qu'est devenu le sexe dans ma vie, ma libido, mes états de gesticulation post adolescents ? Rien, le grand rien. Pour l'homme, remarquez, probable aussi pour la femme, je ne maîtrise pas autant le sujet vous me l'accorderez, le sexe, la jouissance est accessible aisément, de la plus glauque à la plu élaborée des façons, mais soyons honnêtes, contenter ses petites folies fantasmées de l'instant ne relève pas, pour le mâle, de la sérieuse difficulté... Et bien quoi, que m'arrive--t-il ? Rien, pas la moindre de la moindre envie.
Aucune image, aucune pensée, aucune sensation qui voudraient m'emmener vers ce précipice là, dans lequel j'ai trouvé tant de satisfactions si souvent. Le corps, la chair, la présence, la chaleur, ces aspects me manquent, mais l'acte physique, la jouissance, la virilité que tout peut incarner, non, rien, pas d'envie ou de fantasmes cultivés.
Un ami me disait "ça y est tu es vieux". Quel con ! Et merde, ouai, si c'était cela que de n'être qu'adulte et sensé, raisonné, capable de maîtriser au plus haut sa libido. Le pire est que cela ne demande aucun effort précis, puisque je ne suis pas dans l'état d'esprit du truc. Rien, un grand rien, je le redis.
Alors, écrire tout cela démontre bien qu'au fond, je pense au sujet, que tout cela m'interpelle, mais je trouve si décalé mon attitude présente d'avec celle que j'ai toujours connue et appliquée, que finalement, une sorte de mélancolie en ressort. J'aime le sexe, au point je crois de pouvoir dire que nombre, voir la majorité de mes relations ont souffert d'une certaine distance ou incompréhension avec l'autre sur ce sujet. La jouissance physique n'a pas de pareille, l'exercice, quand il est devenu art charnel ou total abandon, est un délice que je ne pourrais jamais renier. Mais le sexe détruit, le sexe maudit et contredit, il épouse des formes qui travestissent les vérités essentielles.
Je ne veux pas vivre, là, de suite, d'aventures pour des aventures, mais je ne sais pas si je suis capable de me laisser dans l'abandon de ce rien sensuel.
Je  n'ai jamais eu d'autres armes pour me faire aimer que de donner, gratuitement et sans vergogne, mon corps, en guise de "récompense", et dieu sait qu'il n'en est pas une, et que je suis loin d'avoir la moindre vanité sur mes aptitudes sexuelles. Mais, pour un espace de tendresse, une minute de duceur, une nuit moins seul, faudrait-il en passer par là... Donner ce que je ne considère par ailleurs pas pour essentiel ou fichtrement intime, mon corps, pour profiter en retour moi-même, d'une autre forme de sensualité, de contact...
J'ai l'envie d'embrasser à pleine bouche les lèvres d'un homme, envie de lécher tendrement sa bouche et d'en dessiner les contours de ma langue, légèrement tremblottante, j'ai envie de cela, de ma main posée sur une poitrine nue, de m'endormir contre des cuisses dénudées et lassives, j'ai envie de ce rapport là, peut-être vain mais si rassurant.
Evidemment, j'évoque cela, et je pense forcément toujours au même homme pour répondre à cet irrepressible besoin. Mais, même si peu de temps s'est écoulé depuis notre rupture, j'ai cette certitude, peut-être erronnée, qu'à la moindre envie similaire, le dit monsieur ne se gênera pas pour associer à son corps une sensualité qui ne serait plus la mienne. Devrai-je attendre, maîtriser encore, jusqu'à me dire, je suis parvenu à un respect de moi-même, de mon corps et peut-être donc de l'autre ? Je ne sais pas.
Chaque jour est un jour où je me dis qu'à n'importe quelle heure, monsieur peut m'annoncer, "voilà, j'ai vécu telle expérience avec telle personne", ou sans rentrer dans les détails d'ailleurs, mais je sais qu'il en aura le respect. Je crois sans trop m'avancer que j'éprouverai, en l'état actuel du manque de lui, une jalousie certaine, mais aucun sentiment de colère ou de véhémence, simplement une sensation d'injustice à me dire : "mince pourquoi je n'y arrive plus moi"...
J'ai perdu de nouveau pas mal de poids, mon physique s'est à nouveau transformé, l'effet récurent et incompréhensible de chacune de mes ruptures, et de nouveau, à bientôt 33 ans, je retrouve des regards complices, des attitudes à mon égard qui dégagent une certaine complaisance, un degré de fierté à se sentir vivant, séduisant, sinon plaisant. Autrefois, j'aurai réagit, agit, me serai affolé ou embarqué dans la plus désastreuse démonstration de ce genre. Aujourd'hui, rien, je souris, je réponds avec la cordialité qui s'impose mais je poursuis ma route sans même me retourner, pas envie de savoir si le regard offert a perduré, si le sourire était une invitation ou simple marque de courtoisie ou de "reconnaissance"... Non rien, juste une demi satisfaction d'avoir profité d'une lueur de gentillesse et de laisser la filer derrière mon dos.
Mais la maladie me gagne, cette foutue obsession de la vieillesse, des complexes qui ne se tempèrent pas depuis le temps, et j'ai peur, peur d'être arrivé là à un stade où l'envie, carrément l'envie pourrait m'avoir quitté ou soldé de tout compte avec la sensualité et le corps.
Bla bla du soir, bonsoir, mais bon, la bonne humeur ambiante est entâchée de tordus questionnements !
Par David - Publié dans : L'ego aime
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