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Hier soir, Monsieur, « HIM » tel est son surnom, ou « Loustic » pour les plus intimes, c'est-à-dire MOI, participait à l’anniversaire de l’une de ses plus fidèles amies. Et 50 ans, j’imaginais déjà que ce devait LE grand anniversaire… beaucoup d’amis présents, Le fameux « Ice Beauty » rencontré sur Paris avec Monsieur, dont d’ailleurs je tairais sur le coup le charme ravageur et le physique tout à fait approprié à mes goûts personnels, et un tas d’autres amis que je ne connaissais pas ou imaginais sans assurance de les savoir ou non conviés…
La dite cinquantenaire est une femme très gentille, à qui je n’ai pu réellement parler qu’une seule fois sur les 9 mois que j’ai passé à Perpignan, et chaque fois que je l’a croisait ça et là, elle ne manquait pas de m’embrasser et de me toucher deux mots. J’étais certes l’ami de Monsieur, mais j’étais considéré, et je l’avais en estime pour le peu que je la connaissais.
Cette soirée sonnait pour moi, à distance, le soir de tous les paradoxes. Remplis d’émotions contraires, d’idées vagabondes et farfelues, je me réjouissais en tout premier lieu de la distraction collective qu’allait vivre mon amour perdu, bien trop solitaire à mon goût et qui évoquait ces derniers jours de l’ennui, peut-être de la solitude. J’aime le savoir avec ses amis, les vrais, les solides, ceux dont il me parlait en tant que tel, peu mais visiblement sincères et importants… Premier paradoxe égoïste et égocentrique, je me demandais de suite pourquoi durant notre vie commune, nous n’avions jamais partagé ce type de soirée, jamais hormis un restaurant pour célébrer l’arrivée d’un collègue au travail de Monsieur, mais repas relativement officiel je dirai… La honte de moi ? Notre plaisir à nous suffire de nous deux dans un quotidien calme et bien établi, je ne sais pas, je me souviens seulement n’avoir pas vécu de soirées de ce type avec lui.
Hier soir, j’étais heureux, et ce fut vraiment la première émotion ressentie, sincèrement. Le savoir de sortie, bien qu’ayant entendu, encore il y a peu, les dérives possibles de cet homme à l’issue de ces sorties pour quelques fois « arrosées », peu importe, l’essentiel me semblait soudain être cette possibilité pour lui de se distraire, de sortir de son appartement trop grand (évidemment je ne sui s plus là pour l’occuper !), mais aussi, une manière de renouer d’avec sa vie d’antan, je veux dire, d’avant moi.
Mais il faut dire que depuis deux jours, Him a des remarques blessantes, une distance étrange. Et hier donc, juste avant son départ, l’énième coup de merde de l’ex. Des annonces faites à ma place, des aveux que je voulais réserver à l’heure adéquate, bref, des évènements brutaux qui venaient contrarier l’ambiance générale. Monsieur ne devrait croire que mes versions, que ma vérité car elle n’a pas été toute divulguée, compte tenu du temps pressant, mais non, il aura fallu que ce meneur de torts viennent là éparpiller des graines de doutes ou de poison.
Alors les doutes, les paradoxes, les peurs, un tas de mauvais sentiments se sont emparés de moi.
Malade depuis 4 ou 5 jours, bronchite asthmatique, la forme physique prend vite le pas sur le moral et j’avoue ne pas toujours contrôler en telles occasions mes émotions (déjà qu’en tant normal l’impulsivité l’emporte sur la raison à bien des reprises !). Mais, fait exceptionnel, j’ai dit à Monsieur, par texto interposé « sois heureux ce soir, amuse toi, passe une bonne soirée », avec une touche espiègle dont je ne peux jamais me passer « à bientôt, si ta soirée ne se finie pas accompagné ».
Première peur : oui, voilà, le savoir pris dans le tourbillon d’une sorte de coup de foudre « libidesque » ou que sais-je, un charme irrésistible, je ne sais quoi, un homme, un autre, sous les effets de l’euphorie ambiante, des substances tourbillonnantes, etc… Et le savoir ne pas rentrer seul, savoir que son lit sera enfin partagé par un autre depuis moi... Horrible torpeur à ne pas me lâcher, sans compter la conversation récente vécue à Paris avec messire le Pharaon, ami de Monsieur qui me racontait de vertes et des pas mûres sur le passé de Monsieur avant moi (que j’avoue avoir vaguement connu ou entendu pas aussi franchement détaillé).
Him m’a fait la promesse de m’avouer le jour où il vivrait ce type d’aventure, d’un jour ou de plusieurs d’ailleurs, je sais que c’est curieux, la requête émanant de moi, mais je sais aussi que cela me servira, que cela modifiera la donne, que cela aura sur moi des effets certes dévastateurs mais probablement irréversibles, encore que… Depuis qu’un semblant de soupçon s’est instauré sur une hypothétique infidélité de Monsieur durant notre vie commune, je crois que mes théories sur la fidélité ont bien évolué…
Bref la solution fut : deux somnifères au lieu d’un seul comme à l’accoutumée et coucher à 21h s’il vous plait. Et là, la belle erreur, la monstrueuse connerie… Le sommeil a directement et très vite dérivé sur un rêve absolument terrifiant, à n’en plus savoir si j’étais à cette dite soirée ou non, et si tout ce que je visionnais là ne représentais rien de prémonitoire…
Je voyais Monsieur, enivré, très légèrement, mais léger et papillonnant, courtisé par cet homme tout à fait à son goût. Entendez « à son goût », quelqu’un de totalement opposé physiquement à ce que je suis. Et j’assistais au spectacle affreux d’une séduction progressive entre les deux hommes qui peu à peu se rapprochaient, riaient et semblaient partager, ma foi, une intimité, tout à fait hors des propos festifs de la soirée. Quand soudain l’ex, mon ex arrive là (et ici nous ne sommes plus dans la prémonition !), me provoque, violent, virulent et brutal, et s’aventure à choquer l’assistance par des gestes et égards à mon intention franchement déplacés. S’en suivent des jeux de perversités absolument atroces, les deux « couples » fantasmés se mènent un mauvais combat de rivalité totalement perverse.
Monsieur et son homme partent ensemble, je les suis du regard, je vois par la fenêtre qu’ils s’engagent en direction de l’appartement autrefois partagé, et l’ex sourit d’un air mesquin, m’assénant là du dernier coup fatal.
Réveil brusque et tonitruant, la fièvre, 38,5°, délires, plus moyen de trouver le sommeil, même le chien est dérangé par les vas et vient répétés dans le lit trop petit. Minuit ou presque, plus moyen de dormir, larmes, soupirs et petits rictus de la scène virtuelle vécue. Mais inquiétude et angoisse, sanglots, et là je ne retiens pas un sms, vu l’heure tardive à Monsieur. Je ne me souviens plus de la teneur exacte d’ailleurs. Un « je t’aime de plus » sûrement, une pensée pour lui, rien qui ne soit trop équivoque je pense, pas de réponses, je ne retrouverai pas le sommeil avant deux ou trois heures.
Monsieur ne répond jamais, jamais, au « je t’aime » que je peux parfois lui adresser, de moins en moins nombreux quand même, mais rien, jamais le moindre commentaire. Ce texto était malvenu, mais je ne sais pas, je ne me souviens de rien, je n’enregistre pas mes messages envoyés, et puis quelle gravité, probablement efface-t-il depuis longtemps tout ce qui provient de moi.
Ce matin, la fièvre est tombée. La gorge et les bronches, en plus d’être encombrées, nouées je dois dire, de peine et de questions. Je n’en poserai pas, je ne me déclarerai pas. J’arrive aujourd’hui à retenir toutes ces envies incessantes de le contacter. J’ai eu l’idée récente, puisque je serai en vacances de venir passer chez lui mes 33 ans, je ne voulais pas de fêtes, pas d’anniversaire à proprement dit, mais je ne sais pas, n’être qu’avec lui, rien que lui, et son cops, et mon cyclo. L’idée était saugrenue semble-t-il, quasi refoulée de Monsieur, en tout enserrée dans des conditions bien trop nombreuses pour que je puisse m’engager à la moindre promesse ou tenue demandées. Alors, comme toutes les années, je ne fêterai pas cet anniversaire, encore une fois le but n’était pas là, alors, comme toutes les années, je dirai « je suis seul, je n’ai pas d’amis », la Cosette qui se complaît à la perfection.
Aurai-je la moindre nouvelle de Monsieur ce jour ? L’angoisse était là au réveil à 6h, vive encore. Tout peut prendre un nouveau tour aujourd’hui, tout peut me résoudre, alors que rien aucune décision n’était clairement prise, si ce n’est des propositions que je n’ai pas eu le temps de faire, des surprises que je voulais laisser à l’appréciation de Monsieur. Il n’a jamais dit qu’il ne m’aimait plus, il n’a jamais dit qu’il ne me reprendrait plus, les seules choses qu’il ait pu balbutier ce sont des « je pense que non », et aussi, soyons honnêtes, « pour moi, les choses sont claires ».
Drôle comme le temps passe et que l’oubli ne s’opère pas ni le souvenir de s’amoindrit, pire, j’ai le sentiment que tout s’alimente et s’agrémente de jour en jour. J’avoue connaître un remède, mais il est purement dégueulasse et vomitif, je ne saurai pas survivre à ça. Pas là, tout de suite.
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