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manichéen
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Finalement, tout va plutôt « vite », oui, lorsque l’on regarde avec ce recul là, lorsque l’on se dit : « sur toute une vie, qu’est ce que cela aura représenté ? »
Il y a un moment particulier, une pensée spontanée et tenace, un instant précis où, ça y est, l’on sait que tout est fini. C’est drôle, l’heure précédente pour ainsi dire, on était encore agglutiné à la mesquinerie de cette douleur insoutenable, et la voilà qui se fait la belle sans crier gare. Tant mieux se dira-t-on alors, oui, mais le besoin de comprendre est omniprésent, pourquoi avoir eu mal, pour s’être « naturellement » résigné sans que rien ni personne ne nous aide vraiment à cela, et de manière aussi subite…
Les beaux discours lancés depuis de trop longues heures s’envolent et ne signifient plus rien, on ne veut même pas se dire qu’ils avaient raison, elles, les phrases toutes faites, ou les conseils amicaux, de proverbes classiques en sérénades complaisantes… Non, leur donner un sens ne servirait à rien, tout est fini, même le besoin de savoir.
Je ne sais si j’ai perdu une bataille. Je ne me suis jamais senti en danger ou attaqué. Je ne sais si j’ai vaincu un adversaire, j’ai toujours eu à faire à une histoire vertueuse… Peut-être ne s’agissait-il que de résistance, de survie même, ne pas oublier, affronter l’abandon, la désunion. Et l’on ne résiste jamais, je crois, à ces heures, sans quelques « fausses notes » ou dégâts collatéraux…
Et pourtant, malgré ce déclic fatidique, raisonnant tel une issue improbable, on sait aussi que l’oubli n’existera pas, jamais. Probable même que ce que l’on nomme « déclic » n’est qu’un embryon de finalité supposée, encore une erreur sur l’échelle de ce que l’on désire ardemment et de ce qui se déroule sans que l’on ne le veuille réellement. Je ne sais pas tout cela, même si les histoires ne sont plus à refaire, que j’ai certainement vécu pareils passages dans le vide autrefois, je n’ai rien retenu, ou rien voulu retenir. Toutes les histoires devaient être différentes depuis le début, même si je n’inventerais rien. Ainsi, je me retrouve seul. Libre ? On peut le prétendre, mais le risque de se tromper est trop énorme pour le revendiquer. Et puis, la liberté n’existe qu’au sein de nos idéaux composés, le concept de liberté ne colle pas bien avec l’évidence d’une vie en société…
Ecrire ici en est le paradoxe douloureux. J’ai perdu, outre l’envie et les élans d’autrefois, la liberté de dire et d’être sincère. Epié ou manipulateur moi-même, tout ce qui a été transcrit ici ces dernières semaines, même si un fond d’honnêteté subsiste toujours, demeure vain et inutile, sans sens concret ou cohérent.
Je ne cesserai jamais d’écrire. Je ne cesserai jamais de dire et de m’élancer avec l’impulsivité qui me caractérise vers ces joutes verbales qui elles seules me conviennent dans la forme. C’est ainsi que je referme la page, définitivement, de l’exercice tenu depuis plus de deux ans maintenant. Pas de migration vers un autre espace, de décision sur laquelle je reviendrai deux jours plus tard ou d’alerte aux « retenez-moi, je pars », non, aussitôt, l’article édité, puisqu’on nomme ainsi nos billets d’humeur, aussitôt l’aventure prendra fin vraiment cette fois.
J’ai la certitude que ce moyen de contenter l’ego, de se délivrer d’une intimité que l’on a viscéralement besoin de mettre aux nues, j’ai la conviction que cela ne me quittera pas et que donc, autre chose, quoi je ne sais pas, existera. Mais cela ne pourra se faire tel qu’aujourd’hui, lu par des personnes auxquelles je suis d’une certaine manière enchaîner de mauvaises façons, lu par des individus qui ne m’autorisent peut-être plus une totale jouissance du mot craché ici. Je m’en vais en lâcheté, pour ne pas revenir nauséeux de remords ou de culpabilité. Quelques uns suivront, allez savoir, d’autres non. Il me faut en tout cas une latence, un fossé entre l’œil inquisiteur et moi.
Ai-je donc dit, via ce dernier paragraphe, que je ne l’aimais plus ? Certainement pas. Il ne m’aime plus, la certitude s’est enracinée brutalement mais honnêtement.
Ai-je aussi dit que je n’écrirai plus ? Non, mais la vanité toujours me fait croire qu’un nouvel horizon m’apportera bien d’avantage.
Je n’ai dit que l’instant fatidique où tout ce qui fut s’est dérobé dans un sursaut peut-être cruel, mais efficace, si tant est que le but était aussi radical.
Alors « voilà c’est fini », je n’aime pas la chanson, je n’aime pas le principe, et l’hypocrisie et criante tout de même.
Ailleurs, autrement, c’est demain, tout de suite, là, maintenant, et, comme qui dirait l’autre « c’est la vie », je rajouterai que c’est le hasard aussi, demain…
Des amants, cet amour, mon aimant, et je ne sais plus, non, de ce qu'il est, de ce qu'il advient, de moi, de nous. A sans cesse
se figurer persuadé, en tout cas, convaincu, on ne récolte que la peine mal semée, celle qui s'est répandue là dans les ruisseaux assechés des joies qui ne savent plus pleurer, tant elles sont
ternes sans ardeur.
J'ai le malaise du trentenaire qui ne s'est pas reconnu un jour devant le miroir, un jour trop tard où, dire que je n'avais pourtant pas le temps, le temps est venu s'engager dans ma conscience.
J'ai la rigolade de ces années là, qui ne furent pas de rire justement, et des autres demain, qui seront ce qu'elles voudront, pourvu qu'elles tendent à l'idéal, même s'il n'existe pas,
évidemment.
Est-il possible que l'ex-Amour (notons le "A" majuscule", note d'un recul insuffisant ou d'une certitude glorieuse !?), potentiellement devenu l'Ami idéal (grand "A" toujours pour marquer la
symbolique) devienne l'amant (petit "a", le sexe n'est que le sexe...), le confident, que sais-je encore...
Je déconne et j'en étonne, oui me direz-vous, de ceux qui ont assisté à la vie qui part à l'eau, qui se noie, mais pas vraiment, enfin, l'on ne retient toujours que les naufrages, mort ou pas
mort.
Mais restent les fidèles, quelques graines bien semées au sol de mes elucubrations, pérégrinations, j'en passe et des meilleurs, ceux-là qui me connaissent et m'aimeront, je le suppose, toujours
ainsi. Des par ci par là, à travers un hexagone que je ne traverse plus, mais l'héexagone, et les autres formes n'existent plus pour nous distancier, ils sont là, je le sais, cela suffit. Même
s'ils ne font pas le récomfort quotidien, la tendresse j'entend, ils savent l'écoute et l'occasion de dire leurs présences. C'est peu, et tant, ça ne suffit pas tout le temps, évidemment, mais
allons bon, un naufrage et quelques survivants, ça ne fait pas d'eux et moi des déshérités de ces contrées là.
Et puis l'amour, vaille que l'amour, un bien bel endroit derrière le grand mur qui s'épaissit de jour en jour. On dirait que l'ouvrier d'écoeurement cimente et cimente encore chaque faille,
chaque horizon d'air libre, on dirait que je n'ai plus la taille, que la palissade opaque dépasse de loin mon mètre 70 de certitudes ou de volonté.
L'homme est aspirant, à tout souvent, et soupirant, de rien plus globalement. L'ego qui fulmine, il sent sa raison s'entourlouper en passion pour des causes qui ne contenteront que sa sympathie
de lui-même. Un homme, ça ne regarde souvent que les miroirs d'où ne se reflètent que sa propre image, et tant pis si devant lui se trouve l'exception ou l'opposé. J'aurai bien pu me reconnaître
dans mon contraire, remarquez, oui, mais je n'ai pas su.
Trop de similitudes, pour marquer tant de différences, et voilà que les époques de voluptés ont cédé elles-mêmes à la facilité permissieuse de solitude. L'amour charnel ? A quoi bon, la veuve
s'agite au manche et d'une petite mort n'éjacule même plus de plaisir véritable, rien qu'une toute petite délivrance et de l'hygiène quasi alimentaire. Alors, manquant d'apetit réel, je me suis
mis à la diète, comme on se sécurise au portail de l'invaincu solidarité du pauvre.
Est-il possible que l'ex-amour (tenez, plus de grand "A"), qui aurait pu devenir l'Ami, ne soit plus qu'amant de mièvrerie ? Parodier l'amour, simuler le couple, oh oui, voilà ce dont je suis
devenu capable. Mais la parodie tourne au pastiche. Sans "accroche-corps", à quoi bon... Certes il est devenu gentil, plus patient, certes il a compris, encore que, que je ne suis ni objet ni
trophée, mais j'aurai tant voulu lui enseigner, à lui le pédagogue, que l'on ne s'appartient pas, jamais... Alors je vis en couple, refusant le même lit, les frôlements, les gestes tendres du
quotidien, je refuse le corps qui se tend pour un partage commun, d'ailleurs n'est-ce pas le corps seul qui régit là ce refus ? Il ne me fera pas l'amour, il ne me touchera pas, et le temps
passant, mon amour agonisant, lui-même ne saura pas, non, me faire retrouver rien qu'une braise encore rouge. Et si je m'allonge là, comprendra-t-il, puisqu'il lit ces maux, que je ne le ferai
qu'en silence et qu'il viendra visiter une demeure où le décor n'est pas dressé pour sa venue. S'allonger en silence et ne rien sentir, ne rien vouloir ressentir, simplement se taire et attendre
que les "à coups" de petites mortalités viennent vous prolonger ce dégoût de vous-mêmes.
Oui, j'avais besoin d'un toit, d'une aide, d'un ami probablement, et voilà, je n'ai que cela, et demain qui se contrarie sous l'épaisseur de mes recalcitrances.
Et maintenant même que je me suis trompé, des amours au travail, du quotidien aux ambitions minimalistes; maintenant que je fais le tour de tout et que de tout je n'ai plus d'objectifs valables,
certes l'interdit n'est plus, certes le champ des possibles a fleuri, mais non, je ne suis pas plus armé, en habit d'offensive.
Je veux bien être proie ou appât mais ai-je bien compris que ma trentaine de vie m'avait dépassé et que les hommes qui passent (maman...) n'ont plus rien dans leur regard, plus de ces jolies
choses qu'ils disaient autrefois. Je les ai sans doute rejoint, et je n'ai pas vu que j'avais avancé vers eux, que je m'étais intégré à la "caste" de bien beaux qui ne l'ont jamais été pourtant,
mais qui le croient encore.
Si l'on m'interpelle encore, ce ne serait que pour rejouer le scénario d'un séance de cinéma où, cet étranger et moi, ne verrons pas le film de la toile blanche. Une blague de mercenaires qui se
rencontrent sans cesse les jours mêmes où ils se quittent aussi.
IL me manque, mais je ne dis plus. Se taire, c'est un infini, tout est vaste, sans considérations, on ne s'accorde plus qu'à s'occuper, de riens, mais les néants ont des facultés d'errance
pourtant.
IL est un grand "A", le prologue d'un alphabet dont je ne sais pas déjouer les tours, que je ne connais pas par coeur, puisque le coeur n'épelle pas, il nomme, chaloupe à la lettre choisie, à une
syllabe près...
Mais l'on se sent au final bien seul quand même, grand Diable... Le manque d'habitude sûrement, et trop de possibilités pour se perdre que de barrières pour se réfreiner. Si l'impulsivité meurt
de force, celle-là même qui vous a causé déboires et misères, alors subsistent les envies, les oublis, eux là, mes ennemis m'entraînant à la fuite...
De la volonté aux possibilités, il est un champ que je discerne mal, beaucoup d’utopie dans les imageries du « quand on veut on peut » et bien des lâchetés personnelles à se persuader que la facilité est l’une des voies de « possibilité » justement.
Tiraillé entre la reprise en main d’une condition sociale et professionnelle « saine », j’en ai occulté d’autant les vertus sentimentales, les attaches indispensables au cœur, et donc à l’âme, celles qui, au-delà de tout et du reste, contribuent aussi, et non à moindre effet, au confort et à l’équilibre de vie.
Déshérité soudain d’un amour incommensurable, je me suis noyé dans le travail, les activités à outrance, réalisant même que je pouvais avoir de l’ambition et mettre des actions en œuvre pour l’atteindre. Le travail a valeur sociale évidemment, mais au-delà, par-dessus, il a pouvoir de guérison, en tout cas d’abstraction ou d’oubli, même momentané. Travailler, plus que raison probablement, c’était, de suite et dans l’urgence, la solution idéale aux maux du cœur. Et j’ai ainsi engrangé des responsabilités, des possibilités, des vœux futurs, sur un court terme qui, ce jour, vient de parvenir à son échéance et quel terme ! Une bien belle confusion tragique telle que je ne la soupçonnais pas.
J’ai pêché d’orgueil à nouveau, à défaut de m’être laissé envoûter par mon impulsivité habituelle. Méthodique et résolu, j’ai suivi les conseils de l’être perdu, mais resté indispensable, à savoir, consolider mon existence, mes repères, vaincre certains démons, ne pas en appeler d’autres à une conscience déjà bien défaillantes. Oui, l’ordonnance du docteur de l’amour volatilisé promettait de belles espérances si je n’avais pas agit avec une dévotion que je n’avais jamais jusqu’alors maîtrisée.
Au jeu du travail et du semblant de responsabilités que l’on suppose détenir, au jeu de l’avenir à évoluer qui vous ensorcèle pour des motifs bien secondaires ma foi, on se laisse prendre, arracher au poids de l’instant qui lui, stagne et crée les impasses parfois.
Alors, j’ai « gagné », oui gagné le lot misé et tiré par des efforts déployés rapidement. Une nouvelle vie, en tout cas une alternative se présente, longtemps, mais vaguement, espérée, une voie professionnelle légèrement différente. Autrefois une ambition réelle, ce n’est plus aujourd’hui qu’une « solution », un écart entre la fonction actuelle et celle proposée. Pour cela, il me faut recommencer, encore, ailleurs, autrement.
Et pour ce faire, l’ironie me joue une bien piètre comédie. L’ironie a remporté le « package bonhomme en errance ».
Certes, je n’espère plus rien de lui, si loin là-bas. En tout cas, si espoir il demeure, celui-ci est tempéré, ne s’est pas donné d’exigence et d’échéance. Je ne souffre donc plus, au contraire, j’oserai même prétendre à une certaine quiétude, et pour la première fois de ma vie avec lui, désormais que cette vie commune est déliée (ironie encore), je nous sais sur la même initiative, sur une pensée à peu de chose près similaire.
Aurait-il fallu se battre d’avantage, une reconquête que je savais vaine et périlleuse, ou fallait-il tout brûler, arracher et déchirer, qu’il ne reste rien que moi avec moi, sans lui définitivement ? Ni l’une ni l’autre de ces routes ne convenaient à la force du lien subsistant, ni l’une ni l’autre ne préserveraient un respect et des envies encore réciproques. Alors je me suis plié à son exigence d’abord, puis j’ai adopté cette façon de me laisser apprivoiser. Je l’aime, il m’aime, nous ne vivons pas ce sentiment, nous ne savons qu’en faire, ne voulons pas en décider, mais nous respectons et tenons, pour le moment en tout cas, à un lien au minimum régulier et sincère.
La volonté ne paie pas de prime à la joie ou au bonheur, ou alors, je n’en ai pas encore bénéficié !
Certainement vaniteux, peut-être me suis-je trop dévoué à « eux » les êtres aimés, donnant tout, absolument tout, oubliant certainement les considérations matérielles, car l’égo lui est toujours resté concentré sur l’imparable besoin d’être aimé, mais j’ai omis d’être, dans un cadre social et structuré, de m’investir et me repérer à des consolidations avérées.
Et, pour une fois où je m’engageais sur ce chemin du « moi pour moi », au départ à reculons je l’admets, voilà que les résultats, la concrétisation, sont si ironiques qu’ils me font rire de larmes amères. Pleurer, oui, parce que tout cela n’a pas de sens, ou bien trop justement, même si je me refuse de croire encore à la destinée toute tracée.
Je présumais de forces donc. Je m’inventais un détachement, une distinction facile entre le pensable et le réalisable, une projection prétentieuse de mes réelles aptitudes, et psychologiques et physiques.
Je vais aller là où l’on m’attend, où j’ai demandé à aller. Je vais aller là où la volonté comblée n’offre pas d’issues aux possibilités de réalisation. Je me fais nouveau marchand de leurres et proie volontaire. Je me fais objet conscient et assumé, je me fais instrument de dépendance et de soumission partielle.
Mais j’ai peur, des envies de vomir la chair que je ne m’imagine même plus frôler, des nausées à l’orée d’un quotidien à feindre, pour une durée que je sais, de surcroît, potentiellement longue et pénible.
Alors, oui, l’impulsivité de tout instant et de tout domaine me galvanise à nouveau, des envies de tout et n’importe quoi, de fuite comme souvent, de désaccord encore, et d’irréparable probablement.
A cette question de la stabilité sociale aux dépends de la dignité, je ne sais quelle sera ma préférence, mon choix, ma volonté. Etre seul n’engage que moi, pauvre constat de traitre et de lâche, mais si seulement j’avais été deux sur ce coup là.
Ironie, le malheur de l’un fera toujours le bonheur de l’autre. Mais combien puis-je endurer ou supporter, pour ne pas dire souffrir.
La seule « fierté » éprouvée, et encore, ce n’est que justice, c’est de n’avoir pas menti cette fois, d’avoir été clair et vrai. Même si dire fut cette fois une horreur à arracher de mes sentiments, de mon affection, je ne parle même plus d’amour, par pudeur, mais non, je n’ai pas tu ou caché, tout a été exprimé, hélas ou heureusement.
J’ai peur. Et je n’ai pas la réponse.
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Alain Bashung
"Je T'ai Manqué"
Extrait de "Bleu Pétrole" (2008)
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